Búsqueda avanzada de temas en el foro

Página 4 de 6 PrimerPrimer 123456 ÚltimoÚltimo
Resultados 61 al 80 de 117

Tema: Le Martyre de la Vendée

  1. #61
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée



    Après la mort de son frère, l'abbé Louis-Marie quitta Tolède, pour se retirer à Torrejo.

    Les yeux sans cesse tournés vers la France, il sentait plus vivement que jamais les douleurs de ce long martyre de l'exilé.

    Un jour de semaine sainte, nous dit l'auteur de sa vie, il fut invité, dans une communauté religieuse, à chanter une des lamentations de Jérémie. Il le fit d'une voix si pleine d'émotion, que les larmes gagnèrent tout l'auditoire.

    C'est qu'en gémissant avec le prophète sur les ruines de Jérusalem, il songeait à ces ruines sanglantes, dont la Révolution couvrait a France et la Vendée.

    Enfin, l'horizon parut s'éclaircir et annoncer des jours moins désastreux. Monsieur Baudouin se décide à quitter la terre étrangère et fait ses préparatifs de départ.

    À Tolède, il avait travaillé à l'état de passementier, afin de pouvoir, au besoin, obtenir un passeport d'ouvrier. Il s'en munit en effet, et au mois de juin 1797, il prit, avec Monsieur Lebédesque, le chemin de la France, à travers les plus grands dangers.

    Comme il traversait une des villes de la frontière, des soldats républicains, frappés de son air éminemment ecclésiastique, fixèrent les yeux sur lui, et semblaient se disposer à l'arrêter.

    Dans ce moment critique, le saint prêtre se recommande à Dieu, et apercevant, à la porte d'une maison, un petit enfant, il se tourne vers lui, comme s'il l'eût connu, et lui tend les bras. L'enfant sourit et court vers le voyageur, qui le caresse et l'embrasse. « C'est un habitant de la ville », se disent les soldats, et ils le laissent passer.

    L'exilé remercie la Providence, qui vient de le sauver, et il continue sa route vers Bordeaux.

    Dans cette ville, sa vie fut de nouveau mise en péril.

    Il logeait chez un de ses anciens condisciples, l'abbé Micheau, revenu d'Espagne quelques temps auparavant.

    Un jour, les agents de la police, soupçonnant qu'il y avait quelque personne suspecte, cachée dans la maison de Madame Micheau, vont y faire une visite domiciliaire, pendant que Monsieur Baudouin s'y trouvait avec son ami. Les deux prêtres se blotissent près d'une balustrade. Madame Micheau se hâte de jeter sur eux un tapis, puis elle paraît avec une calme assurance devant les agents, leur fait de grandes civilités, et les prie de prendre quelques rafraîchissements.

    Ceux-ci acceptent, et jugeant inutile de faire des perquisitions chez une dame où ils sont si bien reçus, ils se contentent de jeter un coup d'œil autour d'eux et ils se retirent.

    Ne se croyant plus en sûreté dans la ville de Bordeaux, l'abbé Baudouin, accompagné de Monsieur Lebédesque, se retire à Libourne, et quelques jours après, ils prenaient tous deux passage sur un bâtiment qui faisait voile pour les Sables.

    Pour mieux se dérober à la surveillance républicaine, l'abbé Louis-Marie fit la traversée caché au fond d'un tonneau.

    Dans la nuit du 14 au 15 du mois d'août, les deux exilés abordaient aux Sables-d'Olonne, où notre récit les retrouvera, dans une autre phase de la persécution (1).

    ___________________________________________
    (1) Vie du R. P. Baudouin, T. I, pp. 30-50.

    A suivre : III. La déportation en Angleterre.

  2. #62
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    III

    LA DÉPORTATION EN ANGLETERRE

    Dans l'exil du vénérable Père Baudouin, nous venons de voir comme une peinture abrégée des souffrances de nos prêtres vendéens en Espagne.

    Le récit qui va suivre sera comme un raccourci d'un tableau ni moins sombre ni moins édifiant : l'histoire des prêtres déportés en Angleterre.

    II. — Exil du grand vicaire de Luçon,
    Jean Brumauld de Beauregard.


    Nous avons vu que l'abbé Jean de Beauregard, en quittant le diocèse de Luçon, à la fin de 1792, s'était retiré dans sa famille, à Moulinet, près de Poitiers.

    « Nous restâmes à la campagne, nous dit-il dans ses Mémoires. Nous y vivions fort retirés, avec André mon frère le théologal, et le jeune de Curzon, auquel j'enseignais le latin. J'étudiais les mousses (il eut toujours un goût prononcé pour la botanique), et le soir, je composais sur divers sujets. J'écrivais des lettres pour le diocèse de Luçon. Nous célébrions la sainte messe en secret, pénétrant dans la chapelle par une petite fenêtre intérieure.

    « Sur la fin de décembre 1792, un officier de volontaires vint à Moulinet. Il se dit de nos parents ; mon frère André le reçut avec amitié et il dîna en famille. Nous étions trahis: notre retraite avait été soupçonnée ; nous étions tombés dans un piège, et le soir même, nous fûmes dénoncés au district.

    « Le 1er janvier 1793, vers les 7 heures du matin, j'éveillai Curzon et je lui dis de préparer la chapelle pour nos messes. Nous étions près du feu, dans la salle, lorsque j'entendis le bruit d'une voiture et les portes de la cour s'ouvrir.

    — Voyez ce que ce peut-être, dis-je à Curzon.

    — Mon oncle, répond-il, ce sont les chevaux de ma grand'mère : mais je ne connais pas la voiture.

    « C'était ma voiture, qui était restée à Poitiers. Je m'avançai, j'aperçus une femme, c'était ma mère, elle venait nous apprendre, en pleurant, que nous étions exilés.

    « Mon frère le théologal tomba malade, et ma mère, qui voulait sauver au moins un de ses enfants, obtint qu'il fût exempté de la déportation. Mais on 1'enferma au petit séminaire, d'où il fut transféré à Paris, et exécuté quelques heures avant la chute de Robespierre.

    « Je me présentai au district, et sur ma demande..

  3. #63
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    « Je me présentai au district, et sur ma demande, on m'accorda de m'exiler en Angleterre.

    « Le 14 janvier, mon frère et moi nous partageâmes notre bourse, j'embrassai ma famille, et je me rendis à la diligence.

    « Tandis que j'étais au bureau, mon domestique était allé reconnaître mes compagnons de voyage.

    « Quand il revint à moi :

    — Ah! Monsieur, me dit-il, ne partez pas; il y a là quatre militaires furieux.

    — Je partirai cependant, lui dis-je, mais ne parle point à ma mère de ce que tu as vu.

    « J'étais vêtu d'un habit bleu à boutons d'argent, et j'avais à la main un livre de botanique, plein de belles mousses et de planches.

    « Quand le jour parut, j'aperçus des figures atroces, et je n'entendis que d'horribles propos. Mon livre fixa l'attention de ces hommes, qui me prirent sans doute pour un médecin ils voulurent le voir. Je l'ouvris, et je leur fis surtout remarquer la dédicace, que l'auteur adressait à Dieu, créateur des plantes. Je leur dis que tous les naturalistes avaient mis une invocation semblable a la tête de leurs ouvrages, qu'ils avaient tous reconnu le grand Maître, et que moi-même je l'invoquais tous les jours

    « Vers la fin de la première journée, la conversation se tourna vers la politique On parla du jugement du roi. Un sous officier du régiment de la Sarre raconta les effroyables détails de l'assassinat de la malheureuse princesse de Lamballe. Je ne pus contenir mon émotion : elle fut remarquée : car cet homme me dit : « Si je croyais que tu fusses noble, prêtre ou financier, je te passerais mon sabre dans la poitrine, et je te jetterais par la portière !

    « Je pris sur moi de sourire.

    — Un homme n'est pas grand’ chose, lui répondis-je; mais encore, tu n'as pas bien mesuré la distance de ton sabre à mon cœur.

    « Il en resta là. On ne me fit pas d'autres menaces.

    « Le soir, on nous fit coucher dans la même chambre. Je me mis à genoux pour prier. En me voyant, ils s'emportèrent en blasphèmes et en jurements.

    « Alors, je me fâchai ; je leur reprochai vivement leur tyrannie.

    « Si j'étais Juif, leur dis-je, vous me laisseriez tranquille. Vous êtes bien injustes !

    — Couche-toi, me répondit l'un d'eux.

    « Je me mis sur mon lit.

    « Le lendemain, nous soupâmes à Etampes. Après le repas, je jetai sur la table un louis d'or, pour que le conducteur se payât.

    — Gardez votre louis, Monsieur, me dit-il; vous en aurez bien besoin.

    « Cette générosité m'étonna.

    — Non, lui répondis-je, payez-vous.

    « Se penchant alors à mon oreille :

    — Croyez, ajouta-t-il, que je vous connais bien. J'ai souvent conduit à Paris votre frère le garde du corps, Monsieur de Brumauld. Que Dieu vous protège.

    « Je payai et je montai en voiture. Je fis mes prières et je remplaçai mon bréviaire par la récitation de mon chapelet.

    « Nous arrivons à Paris…

  4. #64
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    « Nous arrivons à Paris. Je me rendis chez mon frère Menfalon, directeur des fermes du roi, rue de la Sourdière.

    « Je passais mes journées chez Madame de Saint-Wast, rue Saint-Honoré. Je fus témoin de tous les incidents du procès de l'infortuné Louis XVI, et j'entendis des voix féroces crier dans les rues : Arrêt de la Convention, qui condamne Louis Capet à la mort.

    « On m'avait prié d'aller voir la famille Lézardière, qui était vendéenne. Elle demeurait rue Serpente, n° 16. Je m'y rendis ; je frappai trois fois; mais on n'avait garde de m'ouvrir: car le prêtre qui confessa le roi cette nuit-là même était là, qui attendait qu'on le vint chercher. Voyant qu'on ne me répondait pas, je craignis de m'être trompé.

    « J'aperçus un homme qui faisait les cent pas dans la rue. Je l'abordai en lui disant : Monsieur, est-ce bien là le n°16?

    « L'ombre du réverbère m'empêchait de distinguer.

    « A ce mot Monsieur, il se mit à crier à l'aristocrate.

    « C'était une sentinelle de la garde nationale, en habit bourgeois. Je me mis à fuir vers Saint-André-des-Arts.

    « Le lendemain, 21 janvier, je me rendis à 9 heures à l'Hôtel Saint-Wast. Nous entendîmes très distinctement le roulement des tambours ordonné par Santerre au moment où le roi voulut parler.

    « Ces détails ont fait ma fortune en Angleterre, et m'ont valu la bienveillance de plusieurs personnes, spécialement de Monseigneur l'évêque de Saint-Pol-de-Léon, qui fut le père des prêtres exilés dans la Grande-Bretagne.

    « Je partis enfin le 23 janvier. Je n'avais d'autres papiers que l'arrêt du district et deux lettres de recommandation de l'excellent abbé de Tersans, l'un des plus savants hommes de France, qui m'avait aussi contraint d'accepter une lettre de crédit de 4.500 francs.

    « Nous étions au grand complet dans l'intérieur de la voiture.

    « En arrivant à Calais, je reconnus, dans la cour de l'hôtel où nous descendîmes, deux émigrés vendéens qui rentraient, Monsieur Bodreau, ancien procureur du roi à Nantes, et Monsieur de l'Epinay-Soulandeau, qui a épousé la veuve de Charette. Je me joignis à eux, mais nous faisions semblant de ne pas nous connaître.

    « J'attendis deux jours le départ du paquebot.

    « Je dormis pendant toute la traversée. La mer était grosse, mais bientôt les eaux se calmèrent, et nous prîmes terre à Douvres.

    « Tous les passagers qui étaient destinés pour Londres se réunirent dans le même hôtel. J'étais au salon, près du feu, avec mes compagnons de voyage, lorsque entra un jeune homme, d'une mise recherchée, qui nous dit : « Messieurs, je repars pour Calais. Si vous voulez écrire en France, je me chargerai de vos lettres. »

    « J'agréai cette offre, et je me mis à écrire à Paris, à Poitiers, à Luçon.

    « A Londres, je descendis chez l'abbé Brault…

  5. #65
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée


    « A Londres, je descendis chez l'abbé Brault, et le soir même, Monsieur Dargence vint me prendre, pour me donner un logement dans la maison qu'il habitait avec son frère et Monsieur de la Faire, vicaire général.

    « J'étais malade de tristesse et de lassitude : je ne voulus pas sortir.

    « Je n'étais pas sans doute très remarquable par moi-même, mais j'arrivais de Paris, dans un temps bien notable. Je l'avais quitté l'oreille retentissant encore du roulement des tambours qui couvrirent les dernières paroles du roi martyr. J'apportais beaucoup d'exemplaires de son testament, et je savais sur son séjour au Temple beaucoup de détails, qui n'ont été connus que depuis.

    « Plusieurs prélats me reçurent avec intérêt, surtout Monseigneur de Talaru, évêque de Coutances, et Monseigneur de la Marche, évêque de Saint-Pol, qui me permit d'assister à son déjeuner trois fois par semaine.

    « Par la suite, l'insurrection de la Vendée me mit plus en avant encore.

    « Pendant l'hiver, je fus malade et je sortis fort peu; aussi n'ai-je presque point connu Londres.

    « Je me mis à traduire de l'anglais. J'y réussis et je parvins à le lire avec une prononciation passable.

    « Je réussis auprès d'un Anglais, un Monsieur Charles Townley, riche catholique et très savant antiquaire. Je devins familier avec lui, et ce fut pour moi une admirable ressource. Sa maison, très belle, était remplie de statues d'un grand mérite, qui garnissaient plusieurs salles. Il possédait une quantité prodigieuse d'inscriptions grecques et latines.

    « J'ajoutai aux jouissances de Monsieur Townley, en lui présentant un abbé Devag, de Nantes, qui connaissait toutes les langues mortes et vivantes.

    « Vers le mois d'avril, je reçus de Reading une lettre de mon frère Charles. Reading est une jolie ville, salubre, à quinze lieues de Londres. Je m'y rendis. Il ne s'y trouvait que huit ou dix émigrés français.

    « Pendant six mois, je m'y livrai à la botanique, surtout à l'étude des mousses.

    « Nous nous réunîmes six, qui mangions chez nous. Je soignais la marmite avec assez d'habileté, et une demi-heure avant le dîner, Monsieur le vicomte de Chambray venait dresser les ragoûts.

    « Je rentrais de bonne heure ; j'étudiais, j'écrivais.

    « Nous gagnâmes ainsi le mois d'octobre.

    « Cependant se répandit la triste nouvelle de la mort de la reine. Madame Smarth, notre vénérable protectrice, qui était catholique, nous réunit.

    — Vous avez un devoir à remplir, nous dit-elle…

  6. #66
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    — Vous avez un devoir à remplir, nous dit-elle : il faut que vous célébriez un service pour votre reine. Il y a dans le Château, au bout de la ville, douze prêtres, qui vivent retirés et ne sortent jamais. On dit qu'ils ont de belles voix. Nous ferons ouvrir la chapelle, et si une fois nous pouvons l'obtenir, vous aurez rétabli pour toujours le culte catholique.

    « Monsieur de Beauregard prononcera l'oraison funèbre. »

    « Mon frère Charles me dit : « N'allez pas vous charger de ce discours ; vous n'auriez pas assez de temps, et votre réputation en souffrirait. »

    « Mais je crus devoir accepter. Tout fut réglé pour le service, auquel on invita tous les Anglais du canton qui entendaient la langue française.

    « Au jour convenu, quand tout le monde fut réuni, je commençai le grand office, et m'étant revêtu des habits sacerdotaux vers la fin des laudes, la messe fut chantée.

    « Après l'évangile, je montai en chaire. J'essayai de peindre les malheurs de la France. Je reconnus que la main de Dieu nous punissait de l'abandon de la foi et de cinquante ans de blasphèmes contre son Christ. Enfin, j'arrivai à déplorer notre infortune, à nous, qui étions chassés des temples de Dieu et de notre patrie ; éloignés de nos parents, sans amis, sans fortune, presque sans espérance, et n'ayant pour nous soutenir que les secours qu'une nation riche et généreuse pouvait donner à la misère. Quelle situation pour des cœurs sensibles, nobles et français !

    « Puis j'ajoutai : « Non, nous n'avons pas tout perdu : il nous reste la conscience, la fidélité à nos principes, notre confiance dans les secours de l'antique religion de nos pères, à laquelle les vrais Français restèrent toujours fidèles. »

    « Nous étions tous émus, et je ne pus retenir mes larmes.

    « L'assemblée fut très touchée, et quand, à l'absoute, les belles voix de nos prêtres normands se firent entendre, les protestants eux-mêmes se montrèrent étonnés de la gravité de cette cérémonie. »

    Chassés des temples de Dieu…

  7. #67
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée



    Chassés des temples de Dieu, éloignés de nos parents, sans amis, sans fortune et presque sans espérance !

    Dans ce cri, parti du fond de son âme, le vicaire général de Luçon exprimait les gémissements étouffés, les larmes silencieuses et le secret martyre de toutes les victimes de la déportation.

    Et quand il nous parle des secours qu'une nation généreuse donnait à la misère, c'était par pure convenance oratoire, devant les Anglais qui écoutaient sa parole. Le gouvernement britannique donnait un schelling par jour (1), à chaque émigré ; c'était à peine ce qu'il lui fallait pour ne pas mourir de faim.

    Un autre exilé, Chateaubriand, qui vivait à Londres à peu près à la même époque, nous fait le navrant récit des souffrances de la plupart des déportés : « Nous diminuâmes, nous dit-il, la ration des vivres, comme sur un vaisseau, lorsque la traversée se prolonge. Le matin, à notre thé, nous retranchâmes la moitié du pain, et nous supprimâmes le beurre. Ces abstinences fatiguaient les nerfs de l'ami qui vivait avec moi. Son esprit battait la campagne. Il prêtait l'oreille et avait l'air d'écouter quelqu'un ; en réponse, il éclatait de rire ou versait des larmes.

    « Cette diète rigoureuse échauffait ma poitrine malade ; je commençais à avoir de la peine à marcher.

    « Arrivé à notre dernier schelling, je convins avec mon ami de le garder pour faire semblant de déjeuner.

    « Nous arrangeâmes que nous achèterions un pain de 2 sous, que nous nous laisserions servir, comme de coutume, l'eau chaude et la théière, que nous n'y mettrions point de thé, que nous ne mangerions pas le pain, mais que nous boirions l'eau chaude, avec quelques petites miettes de sucre.

    « Mon lit consistait dans un matelas et une couverture. Je n'avais point de draps. Quand il faisait froid, mon habit et une chaise ajoutés à ma couverture me tenaient chaud (2)».

    Dans un autre de ses ouvrages, composé en Angleterre, l'illustre écrivain qui vient de nous décrire la noire infortune de nos déportés, ajoutait : « Un infortuné, parmi les enfants de la prospérité, ressemble à un gueux, qui se promène en guenilles au milieu d'une société brillante: chacun le regarde et le fuit. »

    Puis à ces infortunés il donnait des conseils :

    « La première règle, dit-il, est de cacher ses pleurs. Qui peut s'intéresser au récit de nos maux? Les uns les écoutent sans les entendre ; les autres avec ennui.

    « La seconde règle consiste à s'isoler entièrement. Il faut éviter la société lorsqu'on souffre, parce qu'elle est l'ennemie naturelle du malheureux.

    « Je suis si convaincu de cette vérité sociale, que je ne passe guère dans les rues de Londres sans baisser la tête ».

    Heureusement, nos prêtres exilés avaient d'autres règles et d'autres secrets pour consoler et surtout pour sanctifier leurs souffrances : ils versaient leurs larmes devant Dieu, et ils regardaient le ciel (1).
    ________________________________________

    (1) Le schelling vaut 1 fr. 16 de notre monnaie.— (2) CHATEAUBRIAND, Mémoires d'outre-tombe. — (1) Ad te levavi oculos meos... Posuisti lacrymas meas in conspectu tuo.ps. 122 et 55.
    A suivre : Chapitre IV. Les victimes de la persécution d’Outre-Loire de l’hiver 1793 à 1794.

  8. #68
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée



    I

    MULTITUDE DES VICTIMES : DÉSASTRES DU MANS ET DE SAVENAY

    L'expédition d'Outre-Loire, dans laquelle plus de 100.000 paysans quittaient leur pays natal pour conserver leur foi, fut, comme on l'a dit, le chemin de croix de la Vendée, la montée de son Calvaire, et l'une des phases les plus attendrissantes de son long martyre. Illustrée par les souffrances de ses victimes autant que par la vaillance de ses soldats, cette expédition douloureuse restera dans l'histoire comme l'une des manifestations les plus touchantes et les plus magnifiques de l'héroïsme chrétien.


    Parmi la multitude innombrable des prêtres, des vieillards, des femmes et des enfants, qui ont succombé dans cette effroyable série de désastres, nous avons déjà signalé un certain nombre de martyrs.

    Ajoutons ici les noms de l'abbé Jean-Baptiste TRIMOREAU, desservant de Saint-Symphorien, qui mourut à la suite de l'armée; et de l'abbé POTTIER, curé du Bas-Poitou, qui avait suivi ses paroissiens.

    Arrêté dans la déroute du Mans, il fut conduit à Laval et massacré, sans jugement, le 12 décembre 1793 (1).

    Plusieurs Filles de la Sagesse, ont été exécutées au Mans.

    La famille de PONSAY perdit un grand nombre de ses membres (2).

    Madame de MESNARD, de Luçon, se cassa la jambe au passage de la Loire et mourut à Varades.

    DESESSARTS fut pris et fusillé pendant qu'il faisait sa prière, dans une chapelle de Feygréac. « Sa mort fut très pieuse, nous dit Madame de la Rochejacquelein (3). »

    Dans la déroule du Mans, le 12 et le 13 décembre, l'abbé GAILLARD, vicaire de Chanteloup, dans la Vendée angevine, s'efforçait de soutenir le courage de 14 de ses paroissiens, qui se trouvaient à bout de forces. Les voyant incapables d'avancer plus loin, et d'échapper à la poursuite de l'ennemi, il les conduit à l'écart, dans un bosquet voisin de la route. Là, il les confesse, les prépare à la mort, leur dit que si la terre est triste, le ciel est toujours beau, et qu'il reste ouvert sur la tête des martyrs de la cause catholique.

    — Vous êtes confessés et absous, ajoute-t-il ; qu'avez-vous à craindre? Ah! vous êtes plus heureux que moi ; je n'ai pas ici de confesseur pour m'entendre.

    Quelques instants après le doux et courageux pasteur est massacré par les républicains, avec le petit troupeau qui l'entoure.

    Dans la même circonstance, une poignée de Vendéens, pour sauver des femmes, se laissaient tuer, en faisant face aux gros bataillons d'ennemis qui poursuivaient les fuyards.

    Il nous est impossible d'inscrire ici les noms de toutes les saintes victimes immolées…
    ______________________________________________

    (1) GUILLON, T. IV, p. 371.
    (2) Revue du Bas-Poitou, 7e ann., 1re livr., p. 94.
    (3) Mémoires. T. II, p. 159.

  9. #69
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée


    Il nous est impossible d'inscrire ici les noms de toutes les saintes victimes immolées à Laval, à Alençon, à Rennes, à Sablé, à Angers, au Mans, à Savenay, à Nantes. La liste en serait infinie (1).

    On estime que la seule défaite du Mans a dû coûter la vie à plus de 15.000 personnes. Les patriotes égorgeaient dans les rues, dans les maisons, dans les fossés de la route, les femmes et les enfants. Un grand nombre de ces fuyards éperdus prirent la route d'Alençon, et là, on les conduisit à l'échafaud.

    Quelques jours après, la déroute de Savenay fut plus sanglante encore. Un grand nombre de Vendéens s'étaient jetés dans les marais de Montoir, dans les maisons des paroisses limitrophes, et dans les bois taillis des alentours.

    La cavalerie républicaine, lancée à leur poursuite, les sabra par milliers. Au témoignage de Beauchamp, 1.200 de ces fugitifs avaient mis bas les armes ; on les fusilla ; 600 d'entre eux demandaient quartier ; on les égorgea. Durant huit jours, les Bleus continuèrent cette chasse de cannibales; huit jours durant, on entendit retentir dans les rues de Savenay, dans les bois, dans les champs de genêts du voisinage, les cris des mourants, mêlés au bruit de ces ignobles et sauvages fusillades.

    Les fossés regorgeaient de sang, et les horribles bouchers de la République, entassant les cadavres avec symétrie pour en former des pyramides, se faisaient un jeu de dresser, sur le champ du carnage, ces honteux trophées de la mort.

    C'est après avoir accumulé tant de victimes sur la rive droite de la Loire, que Westermann croyait pouvoir écrire au Comité de Salut public : « II n'y a plus de Vendée; je viens de l'enterrer dans les marais et dans les bois de Savenay. »

    A ce martyre des morts, il faut ajouter le martyre des survivants…
    ________________________________________________________

    (1) Chroniques du Bas-Poitou, T. I, pp. 70, 77. La Justice révolutionnaire, les Noyades, les Prisons de Nantes, par LALLIÉ. — Vie de l'abbé GRUGET.

  10. #70
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée



    A ce martyre des morts, il faut ajouter le martyre des survivants, martyre plus prolongé, plus atroce, et peut-être plus méritoire devant Dieu.

    Comment peindre l'état de délabrement, de souffrance et de misère où cette dernière défaite plongea l'immense cohue de ces Vendéens fugitifs, dispersés, errants à l'aventure, pourchassés à coups de canon et à coups de fusil, par des vainqueurs impitoyables, à travers les campagnes, les tourbières et les bois !

    Écoutons Madame de Lescure, victime et témoin, nous révélant, dans ses Mémoires, un coin de ce lugubre tableau.

    « La faim, la fatigue, le chagrin, écrit-elle, nous avaient tous défigurés. Pour se garantir du froid, pour se déguiser, ou pour remplacer, les vêtements usés, chacun était couvert de haillons.

    « J'étais vêtue en paysanne, enveloppée d'une vieille couverture et d'un grand morceau de drap bleu, rattaché à mon cou par des ficelles.

    « Je portais trois paires de bas en laine jaune, et des pantoufles vertes, retenues à mes pieds par de petites cordes.

    « Monsieur Roger-Moulinier portait un turban et un costume turc, qu'il avait pris au théâtre de la Flèche.

    « Le chevalier de Beauvolliers s'était enveloppé d'une robe de procureur, et avait un chapeau de femme par-dessus un bonnet de laine. »

    L'angoisse qui oppressait tous les cœurs ne permettait pas d'observer le côté burlesque de ces travestissements étranges. Aucune lèvre ne pouvait sourire : il y avait trop de larmes dans les yeux !

    Ce qu'il y eut de plus terrible pour les proscrits, ce fut…

  11. #71
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée


    Ce qu'il y eut de plus terrible pour les proscrits, ce fut la prolongation indéfinie de leur martyre, pendant les rigueurs de l'hiver de 1793 à 1794 ; et la cruauté de cette situation n'était adoucie par aucune espérance d'en voir la fin.

    Pendant cinq semaines, Monsieur et Madame Morisset, de Cholet, se tinrent cachés dans le creux d'un arbre, aux environs d'Ancenis.

    Madame d'Autichamp, la mère de Charles d'Autichamp, parvint à se déguiser si complètement, qu'elle put entrer au service d'un administrateur du district, pour garder les vaches. Elle fit ce métier pendant un an, jusqu'à l'amnistie.

    Plusieurs dames vendéennes se sauvèrent ainsi, en cultivant la terre ou en gardant les troupeaux.

    Une demoiselle de la Voyrie se coupa un doigt avec sa faucille, en faisant la moisson.

    « Madame de la Roche-Saint-André, née Du Chaffault, fut arrêtée à Nantes et jetée en prison...

  12. #72
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée


    « Madame de la Roche-Saint-André, née Du Chaffault. fut arrêtée à Nantes et jetée en prison. Après y avoir longtemps langui, elle fut condamnée à périr dans la Loire. Mais on sut qu'elle avait été du nombre de ces dames qui avaient demandé grâce pour les 3.000 républicains faits prisonniers à Montaigu, en 1793 : on la relâcha.

    « Elle était presque sans vêtements. Mourant de faim et craignant d'être prise une seconde fois, elle alla dans les faubourgs de Nantes, se présenter pour servir dans un hôtel. On la reçut pour sa vie, comme une fille de peine. On lui coupait son pain, qu'elle mangeait debout. Elle jouait l'innocente. On l'appelait Marion. Elle couchait dans un taudis. Ses nuits étaient bien tristes : elle en passait une grande partie à pleurer et à prier.

    « Une nuit, elle entendit du bruit à sa porte. Elle en fut grandement effrayée et se recommanda à Dieu. On frappa de nouveau. Alors elle se hasarde à demander : Qui est là ?

    — Je suis le bonhomme Pierre, Mamzelle Marion ; n'ayez pas peur de moi : car je crains Dieu.

    Pierre était un vieux valet d'écurie.

    — Que voulez-vous, bonhomme Pierre, demande la Vendéenne.

    — Ma bonne demoiselle, répond le vieux domestique, vous craignez le bon Dieu, je le sais bien ; j'ai remarqué que votre mouchoir de cou est tout déchiré, et que vous avez bien de la peine à l'arranger avec des épingles. J'avais cent sous ; j'ai acheté un morceau de toile, et je veux vous le donner pour vous couvrir.

    « La pauvre fugitive ouvrit sa porte et reçut ce touchant cadeau avec une grande reconnaissance (1). »
    ______________________________________________________________

    (1) Mémoires de MONSEIGNEUR DE BEAUREGARD, Poitiers, 1842, pp. 87, 88.

    A suivre : II : DOULOUREUX ÉPISODES DE L'EXPÉDITION D'OUTRE-LOIRE.

  13. #73
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    II

    DOULOUREUX ÉPISODES DE L'EXPÉDITION D'OUTRE-LOIRE

    Cinq épisodes, d'un navrant intérêt, vont dérouler plus complètement sous nos yeux le vivant tableau de cette agonie de la Vendée, dans le désastre final de son expédition d'Outre-Loire.

    C'est comme une touchante odyssée, qui va nous peindre les malheurs de tous nos proscrits, dans les infortunes diverses :

    De quatre petits orphelins de Cholet ;
    Du jeune Davis, de Saint-Lambert-du-Lattay ;
    De Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière ;
    De Madame de Bonchamp ;
    De Madame de Lescure, qui fut depuis la marquise de la Rochejacquelein.

    I. — Les quatre petits orphelins de Cholet.

    Deux jeunes garçons de Cholet, l'un nommé Coudrais, l'autre Barbier, tenant chacun une petite sœur par la main, erraient à l'aventure dans les rues de Nantes.

    Leurs parents venaient de tomber sous le couteau de la guillotine.

    Par pitié pour leur âge, les bourreaux les avaient tirés de prison et déposés sur le pavé de la grande ville.
    Les pauvres petits orphelins vaguaient au hasard, d'une rue à l'autre, par une rigoureuse journée d'hiver, transis de froid, exténués par la faim et par l'horrible régime du cachot.

    Deux passants les rencontrent, et navrés à l'aspect d'une misère si attendrissante : « Voici, dit l'un des deux à son compagnon, voici des enfants qui vont périr cette nuit, s'ils ne trouvent personne pour les recueillir. On a bien pitié des chiens ; il faut avoir pitié de ces petits malheureux !

    — Que veux-tu que nous fassions de ces marmots ? répond l'autre. Ils sont quatre ; il n'y a point de place pour eux chez nous.

    — Partageons, reprend le premier ; prends-en deux ; je me chargerai des deux autres.

    — Eh bien! soit, dit l'autre; partageons à nous deux cet acte d'humanité. Quand la paix nous sera rendue, nous remettrons ces enfants à leur famille.

    On est heureux de rencontrer les nobles délicatesses du cœur humain, en face de tant de barbaries et à côté de tant d'ineffables infortunes.

    A l'époque de l'amnistie, les quatre orphelins furent renvoyés à Cholet.

    Un jour, 72 ans après la date du récit qu'on vient de lire, quatre octogénaires se trouvaient réunis dans cette ville de Cholet, et versaient des larmes d'émotion, en se rappelant les souvenirs de 1793. C'étaient les quatre orphelins abandonnés dans les rues de Nantes.


    A suivre : II. — Les infortunes du jeune Davis, de Saint-Lambert-du-Lattay.



  14. #74
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    II. — Les infortunes du jeune Davis, de Saint-Lambert-du-Lattay.

    Parmi les jeunes victimes de la férocité des bourreaux de la Vendée, l'historien de la persécution révolutionnaire doit citer le jeune Davis, de Saint-Lambert-du-Lattay, qui traversa tous les périls de la tourmente.

    Bien jeune encore, il avait suivi son père, qui succomba dans l'expédition d'Outre-Loire.

    Après la déroute de l'armée catholique au Mans, Davis s'était caché au premier étage d'une maison. Il s'y était glissé par la fenêtre, en grimpant sur des monceaux de cadavres. Il en sortit bientôt après par une porte dérobée, et parvint à rejoindre les débris de l'armée en fuite.

    Pendant quelques jours, marchant nu-pieds et tête nue, il fit route avec 15 soldats vendéens, et avec eux se cacha dans un bois de Saint-Herblon ; mais la faim l'obligea d'en sortir.

    Espérant trouver grâce à cause de son jeune âge, il se rendit à Nantes. On lui donna d'abord la ville pour prison ; mais Carrier le fit ensuite renfermer à l'Entrepôt, où il eut à subir les tourments de la faim, de la contagion et des sévices de tout genre.

    Carré le prit à son service en qualité de mousse. Le pauvre enfant ne faisait que changer de supplice. Souvent le maître brutal le renversait par terre à coups de poing, et lui mettait les pieds sur le corps, en lui criant : « Ce petit Brigand, il faut que je l'écrase. »

    Ce genre de vie dura deux ans.

    Enfin, un jour, remontant la Loire de Nantes à Orléans, le petit mousse put s'évader sur un bateau de pêcheur, et se réfugia dans l'île de Béhuard, située au milieu du fleuve. De là, il traversa le Louet, et fut assez heureux pour trouver un batelier compatissant, qui le débarqua sur la rive vendéenne.

    Le jeune fugitif se dirige alors vers Saint-Lambert-du-Lattay, où il a l'espoir de retrouver sa mère.

    Il arrive à la maison maternelle avec son accoutrement de marin, et sous les haillons de la misère. Madame Davis ne peut le reconnaître.

    — J'aurais grand désir de vous assister, mon enfant, lui dit-elle, le prenant pour un étranger ; mais les républicains m'ont tout volé, et mon mari est mort dans l'armée catholique, au-delà la Loire.

    — Moi aussi, dit l'enfant, j'ai fait l'expédition de la Galerne.

    — Comment donc vous nommez-vous?

    — Davis, répond le petit mousse; et vous, n'êtes-vous pas ma mère ?

    Madame Davis jette sur l'enfant un long regard étonné ; puis, ôtant la casquette de marin qui masquait ce jeune visage :

    — Ah ! c'est toi ! dit-elle, en poussant un cri d'inexprimable bonheur.

    Elle venait de reconnaître son fils à une marque qu'il portait au front, et elle tombait évanouie, en disant : Mon enfant !

    Plus de vingt ans après, Davis rencontra Carré dans une foire de Rochefort. Cet homme était tombé dans la dernière misère, et s'était fait marchand de bric-à-brac.

    Davis se fit connaître à son bourreau et lui fit l'aumône.

    Il se vengeait en Vendéen et en vrai disciple de Jésus-Christ (1).
    ___________________________________________

    (1) L'abbé CONIN, p. 177.

    A suivre : III. — Les douloureuses aventures de Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière.



  15. #75
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    III. — Les douloureuses aventures de Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière.

    Mademoiselle Sophie de Sapinaud, de la Gaubretière, sœur du général, avait suivi son père, avec ses deux sœurs Aimée et Charlotte, dans la fatale expédition d'Outre-Loire.

    Elle avait 18 ans.

    Elle dormait par terre, dans son manteau, au milieu de l'armée, entre les jambes de son cheval, tenant passée autour de son cou la bride de sa monture.

    Dans l'affreux désarroi de la déroute du Mans, un convoi de caissons la sépara tout à coup de son père.

    Jetée seule au milieu de tant de bourreaux et de victimes, Sophie eut la bonne fortune de rencontrer une de ses parentes, Mademoiselle Robert de Lézardière, vigoureuse et intrépide Vendéenne.

    Elles se partagèrent le secours d'un cheval boiteux, qu'il leur fallait souvent traîner derrière elles, et gagnèrent ainsi la campagne, à la grâce de Dieu.

    Comme les Bleus massacraient tout sur la grande route, elles se lancent dans un chemin de traverse. Elles parviennent à gagner une métairie, où les fermiers leur firent bon accueil.

    On leur donna des habits de paysannes, et sous ce déguisement, elles continuent leur route.

    Mais voici qu'elles sont surprises par des soldats républicains, qui leur crient : Où allez-vous?

    — Nous allons au bourg de Brulon.

    — Vous êtes des brigandes ! Suivez-nous.

    On les mène au bourg, et les soldats délibéraient tout haut, devant elles, s'il ne fallait point les fusiller, chemin faisant.

    A Brulon, on les introduisit dans une auberge, toute pleine de captifs qui attendaient la mort.

    On les dépouilla brutalement de leur costume de paysannes, en ne leur laissant que leur camisole et leur jupon.

    Mais un coup de Providence les sauva…

  16. #76
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    III. — Les douloureuses aventures de Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière.

    (suite)

    Mais un coup de Providence les sauva. L'autorité républicaine de l'endroit était représentée par un Monsieur Tison, juge de paix, qui cachait des sentiments humains sous les airs farouches du patriote. C'est à sa garde que les soldats confièrent leurs deux captives. Elles reçurent, dans la maison de cet homme de cœur, des habits, de l'argent et mille soins délicats.

    Elles restèrent là cachés six mois, pendant lesquels leur sauveur jouait sa tête à chaque minute.

    Un jour, Monsieur Tison fut dénoncé et conduit au Mans avec les deux nobles Vendéennes. Il suivait, à pied, la charrette qui les traînait de prison en prison, c'est-à-dire d'église en église : les temples dévastés étaient alors transformés en cachots. Il souffrait avec elles le froid, la pluie, l'air infect qu'on respirait parmi les prisonniers, entassés pêle-mêle dans ces édifices incendiés.

    Quand ils arrivèrent au Mans, il y restait encore près de 300 captifs. On en fusillait chaque jour un certain nombre, dont les cadavres restaient gisant sous les fenêtres de la prison où Monsieur Tison et ses deux protégées étaient détenus. C'était un monastère, fermé par des charmilles et une pièce d'eau.

    Plusieurs jours se passent dans une horrible anxiété.

    Tout à coup Monsieur Tison apprend, par ses relations avec des personnes sûres du dehors, que les deux prisonnières doivent être fusillées le lendemain, et qu'il faut à tout prix qu'elles s'évadent le jour même.

    S'évader! mais comment?

    L'excellent juge de paix, qui était moins sévèrement surveillé que les prisonniers ordinaires, trouva, parmi les gardiens du cachot, un soldat que les Sapinaud avaient sauvé à Mortagne. Il lui promit 10.000 francs, s'il s'engageait à ménager l'évasion des Vendéennes qu'on vient de condamner à mort.

    Mais le soldat fut appelé ailleurs et le coup manqua.

    Tison était venu à savoir que Mademoiselle Sophie avait des parents dans la ville. Il parvint à s'aboucher avec un de leurs domestiques, garçon robuste et déterminé, qui se charge d'enlever, le soir même, les prisonnières à travers l'étang.

    On se figure les angoisses de ces malheureuses, à l'heure qui était convenue pour la délivrance. La tête à la fenêtre de la prison, les regards fixés sur la pièce d'eau qui miroitait sous les pâles rayons de la lune, elles guettaient le moindre mouvement, et frissonnaient au plus faible murmure.

    Toute la nuit s'écoule, et le sauveur attendu ne vient pas…

  17. #77
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    III. — Les douloureuses aventures de Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière.

    (suite)

    Toute la nuit s'écoule, et le sauveur attendu ne vient pas.

    Et voilà que commençaient à poindre les premières lueurs du jour fixé pour leur supplice.

    Mais Dieu voulut que la mort se fit également attendre, et l'espérance revint avec la nuit suivante. Elles attendaient avec les mêmes frissons d'espoir et de terreur.

    Enfin, elles entendent un léger clapotement ; elles aperçoivent le domestique qui s'avance à travers l'étang, ayant de l'eau jusqu'à la gorge ; il arrive au pied de la muraille du monastère, et donne un signal qui est compris.

    Mademoiselle Robert descend la première, au moyen d'une corde qui la tient suspendue ; elle monte sur les épaules du domestique et parvient à l'autre bord.

    Mademoiselle Sophie y parvient à son tour par le même moyen.

    Les voilà libres toutes les deux. Elles ôtent leurs vêtements, tellement collés à leur peau qu'elles l'arrachent toute sanglante. Elles prennent des habits déposés là par Monsieur Tison, fixent à leur coiffure de grandes cocardes tricolores, et donnant le bras à leurs deux libérateurs, elles vont se réfugier chez Madame de Sapinaud, la mère du traducteur des psaumes.

    Trop suspecte pour les garder chez elle, celle-ci les logea chez une de ses anciennes femmes de chambre, dont le mari figurait au premier rang des sans-culottes.

    Au bout de huit jours, les deux proscrites peuvent se retirer à Chartres, déguisées en lingères, avec un passeport, qu'elles avaient elles-mêmes fabriqué.

    L'une portait le nom de Madeleine, et l'autre, celui de Nanette Tardy.

    Elles prirent logement chez une dame Jordan, pâtissière, naïve et grossière républicaine, qui leur racontait, avec grands détails, l'exécution des aristocrates, et voulait sans cesse les mener au club, pour faire des émotions, disait-elle.

    Les Vendéennes se bornèrent à confectionner des chemises pour les Bleus, à cinq sous la pièce.

    Toute patriote qu'elle était, Madame Jordan sentait la distinction des deux ouvrières, les appelait Mamzelles, et les servait avec un certain respect, mais si chichement, que la ration de pain était souvent insuffisante.

    Un jour, la pâtissière leur proposa une partie superbe : …

  18. #78
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    III. — Les douloureuses aventures de Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière.

    (suite)

    Un jour, la pâtissière leur proposa une partie superbe : il s'agissait d'aller voir guillotiner le ci-devant curé de Chartres.

    Mais Mademoiselle Robert lui persuada qu'à regarder pareil spectacle, elle s'exposait à avoir des enfants sans tête.

    La pâtissière n'insista pas.

    Plusieurs mois s'écoulèrent ainsi, dans le travail, la misère et la terreur, entre les cruels souvenirs du passé et les menaces de l'avenir.

    Enfin, un jour, Madame Jordan annonçait une grande nouvelle aux deux étrangères : on venait de guillotiner Monsieur Robespierre, sous prétexte qu'il voulait guillotiner toute la nation.

    — Qui s'en serait douté ? ajoutait naïvement la fervente républicaine. C'est vraiment dommage : car c'était un si aimable citoyen !

    Mademoiselle de Sapinaud apprit alors tous les malheurs de sa famille…

  19. #79
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    III. — Les douloureuses aventures de Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière.

    (suite)


    Mademoiselle de Sapinaud apprit alors tous les malheurs de sa famille. Ses sœurs, Aimée et Charlotte, l'une âgée de 23 ans, l'autre de 17, avaient suivi l'armée avec leur père, jusqu'au dernier combat.

    Charlotte, en proie à la petite vérole, avait passé six semaines en marche, sans quitter son amazone ni son pantalon. « Quand on les lui ôta, écrit-elle, on la dépouilla comme un lapin. »

    Le père avait été fusillé, en présence de ses deux filles, à Savenay. Elles avaient vu sa mâchoire en lambeaux tomber sur sa poitrine ; elles avaient entendu sa voix mourante, demander, comme Bayard, si Dieu lui pardonnerait.

    D'abord condamnées à mort, les deux jeunes filles furent incarcérées à Lorient, pêle-mêle avec les forçats, contraintes à porter comme eux le bonnet rouge et le numéro d'écrou (1), allant chercher chaque jour avec eux leur ration de fèves dans une écuelle.

    Et toute cette longue série de tortures, les persécuteurs la motivaient ainsi : « C'est pour avoir assisté aux prières dites par un sacristain, dans l'église de Bazoges; pour être restées paisibles chez elles, lorsque les Brigands occupaient la commune ». C'est le texte même de leur jugement.

    La mort de Robespierre vint sauver les nobles galériennes de Lorient, avec tant d'autres victimes de la Terreur.

    Mesdemoiselles Sophie de Sapinaud et Robert de Lézardière revinrent à Nantes, d'où elles furent reconduites en sûreté dans leur pays.

    Elles y vécurent jusqu'à la paix, du surplus de leurs anciens fermages, que les paysans leur apportaient chaque année, après avoir soldé les nouveaux prix aux acquéreurs républicains.

    Et le sauveur des deux proscrites, Monsieur Tison, que devint-il? Il fut sans doute victime de son héroïque générosité : car, malgré ses recherches, la famille de Sapinaud ne put avoir de ses nouvelles, ni lui témoigner sa reconnaissance autrement que par des prières, et par la publicité qu'elle voulut donner à son nom.

    Mademoiselle Sophie épousa Monsieur de Joannis, et vécut à la Gaubretière, au milieu de l'affection des siens, et de la juste vénération de tout le pays.

    Par les soins intelligents du maire, Monsieur de Rangot, elle vit s'élever, près de l'église, un gracieux monument à la mémoire du lieutenant-général de Sapinaud, mort le 10 août 1829.

    Glorieuse consolation pour une famille si éprouvée, et dont le nom doit rester inscrit dans le martyrologe de la Vendée.
    _______________________________________________________

    (1) Le numéro d'écrou de Mademoiselle Aimée était 34 ; il a été conservé par la famille, comme une relique de martyr.


    A suivre : IV. — Les étapes douloureuses de Madame la marquise de Bonchamp.



  20. #80
    Avatar de Pious
    Pious está en línea Miembro Respetado
    Fecha de ingreso
    21 jul, 17
    Mensajes
    2,697
    Post Thanks / Like

    Re: Le Martyre de la Vendée

    Libros antiguos y de colección en IberLibro
    IV. — Les étapes douloureuses de
    Madame la marquise de Bonchamp.

    La prise de Fontenay, où son mari fut grièvement blessé, le 25 mai 1793, marque la date où commencent les grandes infortunes de Madame la marquise de Bonchamp.

    Son château de la Baronnière, situé près de Saint-Florent-le-Vieil, était menacé par les Bleus. Elle reçut l'ordre de le quitter en toute hâte, pour se rendre à Beaupréau, avec ses enfants.

    « Le tocsin sonnait, écrit-elle ; je n'eus que le temps de me sauver. Je fus obligée de prendre des chevaux de fermiers, tous les nôtres ayant été saisis par les réquisitions.

    « Je plaçai mes enfants dans l'un des paniers attachés sur le dos des chevaux, avec quelques joujoux pour les empêcher de crier ; l'autre panier fut rempli de poudre, de fusils, de pistolets appartenant à mon mari.

    « Le cheval qui portait mes enfants ayant été effrayé, s'emporta et les renversa. Je ne saurais dire l'effroi que me causa le danger qu'ils coururent.

    « J'arrivai à la Gaubretière, en Poitou, chez Madame de Boisy, où je reçus les plus tendres marques d'affection. Je fus là à toute extrémité ; je ne dus ma guérison qu'aux soins qui me furent prodigués. »


    Madame de Bonchamp, qui avait passé la Loire à la suite de l'armée vendéenne, ajouta l'illustre spectacle de ses malheurs à celui du martyre de tout ce grand peuple de proscrits.

    Dans la précipitation tumultueuse de la déroute du Mans, son fils, le petit Herménée, avait disparu : mais elle fut assez heureuse pour les retrouver.

    Elle put gagner la Loire à Ancenis, et essaya de passer le fleuve dans un batelet, avec ses deux enfants.

    Les barques canonnières lui tirèrent un boulet qui perça son bateau. La frêle embarcation sombra avec les passagers. La marquise put cependant gagner la rive gauche, grâce au secours de quelques paysans, qui la sauvèrent à la nage, elle et ses deux enfants.

    Elle vient enfin de mettre pied sur la terre de Vendée…

Página 4 de 6 PrimerPrimer 123456 ÚltimoÚltimo

Información de tema

Usuarios viendo este tema

Actualmente hay 1 usuarios viendo este tema. (0 miembros y 1 visitantes)

Temas similares

  1. Sobre la Vendée
    Por Ordóñez en el foro Europa
    Respuestas: 34
    Último mensaje: 10/06/2018, 05:27
  2. Presentación del libro 'La Guerra de la Vendée' de Alberto Bárcena'
    Por pozinho en el foro Historia y Antropología
    Respuestas: 0
    Último mensaje: 05/03/2016, 10:41
  3. Película: "The War of the Vendee"
    Por MFranco en el foro Noticias y Actualidad
    Respuestas: 0
    Último mensaje: 01/07/2013, 06:37
  4. Respuestas: 10
    Último mensaje: 26/06/2007, 21:07

Permisos de publicación

  • No puedes crear nuevos temas
  • No puedes responder temas
  • No puedes subir archivos adjuntos
  • No puedes editar tus mensajes
  •