Somme théologique, Ia, Q. 113, article 4 a écrit:

Tous les hommes ont-ils leur ange gardien ? (1)

CONCLUSION. — Tous les hommes ont en cette vie un ange gardien pour les protéger contre les divers périls qu'ils courent, mais arrivés à la fin de leur carrière ils ne doivent plus avoir besoin d'anges gardiens, ils règnent avec ces esprits célestes ou bien ils ont avec eux un démon qui les punit.

Il faut répondre que l'homme est dans cette vie comme dans le chemin qui doit le conduire à sa patrie. Sur sa route il y a bien des dangers qui le menacent au dedans comme au dehors, suivant ces paroles du Psalmiste (Ps. CXLI, 4) : Dans le sentier où je marchais ils m'ont dressé un piège caché. C'est pourquoi, comme on donne une garde au voyageur qui marche dans une route qui n'est pas sûre, de même Dieu a donné à chaque homme un ange gardien pour tout le temps qu'il serait voyageur ici-bas. Mais une fois arrivé au terme de sa carrière, il n'aura plus de gardien, il régnera dans le ciel avec les esprits célestes, ou il aura avec lui dans l'enfer un démon qui sera le ministre des vengeances du Tout-Puissant.
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(1) Nous avons cité l'opinion de saint Chrysostome et de saint Basile. qui paraissent avoir cru qu'il n'y avait que les fidèles qui eussent des anges gardiens. Mais tous les autres Pères sont d'un avis différent.

Somme théologique, Ia, Q. 113, article 5 a écrit:

L'ange gardien garde-t-il l'homme dès l'instant de sa naissance ?

CONCLUSION. — La protection des anges étant un bienfait général que Dieu accorde à l'humanité, il s'ensuit que chaque homme a son ange gardien non depuis son baptême, mais depuis sa naissance.

Il faut répondre que, comme le dit Origène (in Matth. hom. vi), il y a sur ce point deux opinions. Les uns ont dit que l'homme n'avait un ange gardien qu'après son baptême ; les autres ont prétendu qu'il en avait un depuis sa naissance. Saint Jérôme est de ce dernier sentiment et avec raison. Car les bienfaits que Dieu accorde à l'homme comme chrétien ne datent que du moment de son baptême : telle est la réception de l'Eucharistie et les autres sacrements (2). Mais pour les avantages que l'homme recoit de Dieu en tant qu'être raisonnable, il en jouit aussitôt qu'il est né. La protection de l'ange étant un bienfait de ce dernier genre, comme nous l'avons dit (art. 1 et 4), il s'ensuit que dès le premier instant de sa naissance l'homme a un ange gardien.
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(2) Saint Thomas a voulu dire que le baptême mettait l'enfant en voie de recevoir l'Eucharistie, mais il n'a pas voulu dire que l'Eucharistie fût nécessaire ; ce que le concile de Trente a condamné (sess. XXI, cap. 4).