LA FÊTE DES SAINTS ANGES GARDIENS
(suite)
On peut demander si cette doctrine doit seulement s'entendre des prédestinés et des justes, ou s'il faut l'étendre généralement à tous les hommes. Nous répondons qu'elle est générale et qu'il n'en faut nullement exclure ni les pécheurs, ni les réprouvés, tant qu'ils sont voyageurs et que la mort ne les a point encore mis dans l'impuissance de se sauver.
Les saints Pères en parlent tous de cette sorte ; ils ne font point distinction de justes, de pécheurs, de prédestinés et de réprouvés.
Saint Jérôme, sur le chapitre XVIIIe de saint Matthieu, dit que chaque âme, dès le moment qu'elle vient au monde, a un ange député pour sa garde ; et de là il infère la dignité incomparable des âmes.
Saint Anselme, dans son livre intitulé l'Eclaircissement, dit que toute âme raisonnable, au moment où elle est créée et unie au corps, est donnée en garde à un de ces esprits célestes.
Saint Bernard, sur le Cantique des cantiques, dit que l'âme n'est jamais sans la garde des anges, quoiqu'on ne les voie pas, parce que ce sont de purs esprits, qui ne peuvent pas être vus des yeux du corps.
Les autres Pères disent ou supposent la même chose. L'Eglise, qui nous apprend la vérité de la garde des anges, ne restreint point non plus sa doctrine aux prédestinés ou aux justes ; mais elle dit généralement dans ses catéchèses et ses instructions familières, que chaque homme est sous la tutelle d'un ange : et l'un des reproches qu'elle fait aux pécheurs et aux impies, par la bouche de ses ministres, c'est qu'ils abusent de la grâce que Dieu leur a faite de leur avoir donné un ange pour guide ; qu'ils affligent, par leurs dérèglements, le cœur charitable de cet ange, de la manière néanmoins qu'un bienheureux peut être affligé, et, qu'en méprisant ses inspirations et ses conseils, ils s'attirent le juste abandon de Dieu et des supplices qui ne finiront jamais.
Dieu ne refuse à personne les secours nécessaires pour quitter ou pour éviter le péché, pour vaincre le démon et pour opérer son salut ; puisqu'il dit lui-même, par la bouche de saint Paul, qu'il veut le salut de tous et qu'il a donné son sang pour tous. Or, entre ces secours nécessaires, la garde des anges est un des principaux. Car, bien que Dieu puisse nous assister par lui-même et sans le concours d'aucune cause seconde, et qu'en effet ce soit lui seul qui porte la grâce intérieure dans notre esprit et dans notre volonté, où les créatures n'ont point d'accès, sa Providence, néanmoins, qui a mis un ordre et une économie admirables dans tout l'univers, a tellement disposé les choses que les causes inférieures doivent être aidées par les supérieures, et celles qui sont sujettes au changement par celles dont l'état est constant et invariable ; ainsi les hommes, étant faibles et fragiles comme ils sont, il n'y a point de doute que, selon cette sage et aimable disposition, ils n'aient besoin d'être secourus par ces esprits supérieurs qui sont dans leur terme et dans la consommation de leur bonheur.
Dieu donc ne dénie ce secours à personne, et il n'y a point d'homme qu'il ne confie à la garde d'un ange. Et de là il faut conclure que ces gardiens fidèles n'abandonnent pas leurs pupilles pour être retombés dans le crime et avoir rejeté leurs inspirations ; mais, au contraire, ils travaillent alors à leur inspirer les sentiments d'une véritable pénitence ; car nul homme n'est entièrement désespéré en cette vie, et, quelque péché que l'on ait commis, on peut toujours, jusqu'à la mort, se convertir et rentrer dans les voies du salut. Ainsi, le ministère d'un bon ange n'est jamais inutile, et il est d'autant plus nécessaire au pécheur, que sa faiblesse est plus grande, et que la puissance du démon sur lui est devenue plus violente.
Il est vrai que saint Basile semble dire …
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