— Vous deviez être bien malheureux ? disait un jour l'abbé Deniau à un vieux Vendéen.
— Nous vivions, répondait-il, comme l'oiseau sur la branche, ou comme le lièvre en son gîte, toujours en crainte, et pensant, le matin, que nous ne serions plus en vie le soir. Cependant, nous acceptions cette épreuve avec une résignation chrétienne. Nous faisions chaque jour à Dieu le sacrifice de notre vie.
Par la récitation assidue du chapelet, les bannis transformaient leurs pauvres huttes en chapelles. Ils trouvaient une de leurs plus douces consolations dans les délicatesses de la charité mutuelle qu'ils mettaient à partager leurs modestes ressources avec les plus indigents.
La marquise de Lépinay, mère du général Louis-Armand de Lépinay (
1), obligée de quitter sa demeure, errait de ferme en ferme avec ses enfants. Mais bientôt, les fermes étant incendiées, elle fut réduite à chercher un asile dans une grotte, située au milieu de la forêt des Essarts, et qu'elle avait fait couvrir de mousse et de branchages.
Les battues républicaines et la fusillade l'y poursuivirent.
Un jour, le coffre qui servait de berceau au petit Armand, et dans lequel il reposait, fut traversé d'une balle, qui heureusement n'atteignit pas le futur général.
(1) La famille de Lépinay est originaire de la commune de Plessé (Loire-Inférieure), où se trouve le fief dont elle porte le nom depuis 1416. — Le général Armand de Lépinay, baron de l'Empire, est né à Chantonnay, en 1789, et mort dans son château des Essarts, en 1869.
A suivre : III. — Les principaux massacres commis par les colonnes infernales, dans les premiers mois de 1794.