D. D'où vient que Saint Joseph n'eut point plus tôt connaissance du Mystère qui se passait, et que Dieu permit qu'il tombât dans une si grande peine ?
R. J'en trouve trois raisons ;
la première, afin que l'inquiétude de Saint Joseph, à qui la chose touchait de plus près, servit à confirmer par après la vérité de l'Incarnation du Fils de Dieu, et de la virginité de la Mère ;
La seconde, pour faire paraître d'un côté la Sainteté et la Justice de Saint Joseph, qui dans une chose si évidente suspendit néanmoins son jugement, sans vouloir, ni condamner, ni accuser son Épouse ; et de l'autre l'humilité de la sainte Vierge, qui voyant la peine de son cher Époux, ne voulut pas se justifier elle-même, en lui découvrant les grandes choses de Dieu avait opérées en elle, mais elle abandonna à Dieu sa justification ;
La troisième, pour nous servir d'exemple, et nous apprendre la manière de nous comporter en pareille occasion.
D. Comment Dieu les délivra-t-il de cette peine, que je conçois très grande ?
R. Dieu qui n'abandonne jamais ceux qui se confient en lui, voyant la peine de Saint Joseph si extrême, qu'il était sur le point de quitter Marie à petit bruit, parce qu'il ne pouvait rien comprendre dans une chose dont la cause lui était inconnue, et qu'il ne voulait pas aussi condamner son Épouse, dont la sainteté lui était connue ; Dieu, dis-je, pour lors lui envoya un Ange pendant son sommeil, qui lui révélât tout le mystère, et lui ordonna de donner à l'enfant le nom de JÉSUS, et de prendre sans crainte la Sainte Vierge pour son Épouse, à quoi il obéit incontinent.
D. J'admire cette conduite, et je vous avoue que j'ai quelque impatience de savoir ce qui s'est passé dans la naissance d'un enfant, dont la conception a été si surprenante, et accompagnée de si grands miracles.
R. Sa naissance n'est pas moins admirable ; voici comment elle s'est passée. Les neuf mois de la grossesse de la Sainte Vierge étant accomplis, le temps étant venu qu'elle devait enfanter ; elle et Saint Joseph étant en prière dans l'étable de Bethléem, à l'heure de minuit, ils aperçurent ce divin Enfant qui était sorti du sein maternel, comme le rayon sort du Soleil sans l'ouvrir, et sans causer de douleur. Ce petit enfant fit paraître par ses cris enfantins, qu'il s'était revêtu de nos misères et de nos faiblesses, et ses parents éclairés de la foi l'adorèrent comme leur Dieu, et le reconnurent pour leur Sauveur. Après cet acte de profonde admiration, sa Sainte Mère le prit entre ses bras, le caressa comme son Fils, l'enveloppa de petits langes qu'elle avait elle-même préparés, et le coucha dans la crèche au milieu de deux animaux.
D. Voilà une naissance accompagnée d'étranges circonstances, pour le fils d'un Dieu ; d'où vient qu'il naît dans une étable, et dans un pays qui lui était étranger ?
R. Ses parents avaient été obligés de venir en la ville de Bethléem, ville de la naissance de David, dont Joseph descendait en droite ligne, pour obéir à l'Édit de l'Empereur Auguste, qui obligeait chacun de se rendre en la ville de ses ancêtres pour s'y faire inscrire ; et comme ils étaient pauvres, il ne se trouva point de lieu pour eux dans les Hôtelleries, de sorte que la nécessité les obligea de sortir de la ville, et le Saint-Esprit les conduisit dans cette étable taillée parla nature dans le roc ; où de pauvres gens avaient coutume de retirer leurs troupeaux.
D. Pourquoi Dieu permit-il tout cela ?
R. Il est certain que tout avait été ordonné de la divine Providence, jusqu'à la moindre circonstance, pour des raisons très sublimes. La première est que Jésus venait au monde comme un Médecin pour guérir nos maladies, qui ont trois causes, la concupiscence de la chair qui se nourrit des plaisirs ; la convoitise des richesses, et la superbe ; il fallait donc les guérir de leurs contraires, et c'est pour cela qu'il fallait que sa naissance et toute sa vie fut accompagnée de souffrances, de pauvreté et d'abjection. La seconde est que sa naissance corporelle dans le monde n'étant que pour la naissance spirituelle dans nos âmes ; elle en a été la figure, nous instruisant par là que l'obéissance, l'humilité, la pauvreté, la souffrance, le rebut du monde, le détachement des créatures, sont les dispositions requises aux âmes qui veulent que Jésus vienne naître dans leur cœur, et qu'au contraire il n'y a point de place pour lui dans ceux qui sont pleins de l'affection des choses du monde. La troisième était pour nous montrer son pur amour envers les hommes, dont il venait chercher les âmes pour les sauver, sans en vouloir tirer aucun avantage.
D. Personne n'eut-il connaissance de cette naissance ?
R. Oui, il y avait de bons Pasteurs simples et craignant Dieu, qui veillaient à la garde de leurs troupeaux aux environs de Bethléem : Voilà qu'ils furent environnés tout d'un coup d'une grande lumière, au milieu de laquelle parut un Ange, qui leur déclarât la naissance du Sauveur, comme la plus joyeuse nouvelle qu'il leur pouvait annoncer, qu'ils allassent en Bethléem, qu'ils le trouveraient enveloppé de langes ; et en même temps ils entendirent ne musique Angélique des Esprits bienheureux, qui disaient et qui chantaient gloire à Dieu dans les Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Ces pauvres gens vont en Bethtléem, trouvent l'enfant emmailloté entre les bras de sa mère ; ils l'adorent comme leur Sauveur, et s'en retournent tous ravis des merveilles qu'ils avaient vues, plus des yeux de la Foi, que de ceux du corps, ne pouvant se tenir d'en faire part à tout le monde.
D. Quand est-ce que ce divin Enfant reçu le sacré Nom de JÉSUS ?
R. Au jour de la Circoncision, qui se fit huit jours après, selon que l'ordonnait la loi de Moïse.
D. Qui fut le Ministre de cette sanglante opération ?
R. Il est croyable que ce furent ses Saints Parents, qui lui imposèrent en cette même cérémonie le Nom de JÉSUS, c'est-à-dire SAUVEUR, selon qu'il leur avait été ordonné par un Ange.
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