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Tema: Galileo Galilei: État de la question.

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  1. #1
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    III. LE PROCÈS DE 1616.

    (SUITE)

    (col. 1064-1065)

    Cependant l'affaire traîna en longueur. Galilée en eut vent, à ce qu'il semble. Il partit pour Rome, avec des lettres de recommandation du grand-duc à l'adresse du cardinal del Monte, du cardinal Scipion Borghèse et de François Orsini, Favaro, Le opere, t. XII, p. 203, qui s'entremirent, en effet, pour déjouer les calculs des anticoperniciens. Sûr de cet appui et confiant dans sa cause, Galilée écrivait, le 20 février 1616 : « J'arriverai à dévoiler leurs fraudes; je m'opposerai à eux, et j'empêcherai toute déclaration dont il pourrait résulter un scandale pour l'Église. » Alberi, Le opere, t. VI, p. 225.

    Profonde était son illusion. Au moment où il écrivait ces lignes, son procès avait été engagé sur l'ordre du pape. Comme le cardinal Orsini parlait un jour en faveur de Galilée devant Paul V, celui-ci lui répondit qu'il ferait bien de conseiller à son ami d'abandonner l'opinion de Copernic. Orsini insistant, le souverain pontife coupa court à l'entretien en disant que l'affaire était remise entre les mains des cardinaux du Saint-Office. Dès que le cardinal Orsini se fut retiré, le pape fit appeler le cardinal Bellarmin. Tous deux s'accordèrent à reconnaître que l'opinion soutenue par Galilée était « erronée et hérétique. » La bonne foi du savant astronome ne fut d'ailleurs pas mise en cause. Lettre de Pierre Guicciardini au grand-duc de Toscane, en date du 4 mars 1616, Alberi, Le opere, t. VI, p. 228; Favaro, Le opere, t. XII, p. 242.

    Bien qu'il fût présent à Rome, Galilée ne fut cependant pas cité à comparaître devant le tribunal de l'Inquisition. Il s'ensuit que la procédure en cours ne se peut appeler qu'improprement le « procès de Galilée ». Ce procès ne fut pas, en effet, vraiment personnel, ce fut un procès de doctrine, et la doctrine incriminée était aussi bien celle de Copernic que celle de Galilée.

    Le 19 février 1616, tous les théologiens du Saint-Office avaient reçu une copie des propositions suivantes à censurer :

    « 1° que le soleil est le centre du monde et, par conséquent, immobile de mouvement local; 2° que la terre n'est pas le centre du monde ni immobile, mais se meut sur elle-même tout entière par un mouvement diurne. »

    Les qualificateurs se réunirent le 23 février, et le lendemain 24, la censure fut portée dans le Saint-Office, en présence des théologiens consulteurs :

    « Tous déclarèrent que la première proposition était insensée et absurde en philosophie, et formellement hérétique, en tant qu'elle contredisait expressément de nombreux passages de la sainte Écriture, selon la propriété des mots, et selon l'interprétation commune et le sens des saints Pères et des docteurs théologiens. » Quant à la seconde, ils déclarèrent, pareillement à l'unanimité, qu'elle « méritait la même censure en philosophie et que, par rapport à la vérité théologique, elle était au moins erronée dans la foi. » Von Gebler, Die Acten, p. 47; manuscrit du procès, fol. 376; Favaro, Le opere, t. XIX, p. 311.

    Suivent, dans les pièces du procès, les noms des onze consulteurs : ce sont Pierre Lombard de Waterford, archevêque d'Armagh; six dominicains, Hyacinthe Petronio (maître du sacré palais), Raphaël Riphoe, vicaire général de l'ordre, Michel-Ange Séghizy (commissaire du Saint-Office), Jérôme de Casale major, Thomas de Lemos, Jacques Tinto; un jésuite, Benedetto Giustiniani; un bénédictin, Michel de Naples; un clerc régulier, Raphaël Rastelli; et un augustin, Grégoire Nonnio Coronel.

    Le 25 février…

  2. #2
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    III. LE PROCÈS DE 1616.

    (SUITE)

    (col.1065)

    Le 25 février, le cardinal Millin fit savoir à l'assesseur et au commissaire du Saint-Office que, vu la censure prononcée par les théologiens sur les propositions de Galilée, le Saint-Père avait ordonné au cardinal Bellarmin de convoquer Galilée afin de l'avertir qu'il eût à abandonner son opinion ( le texte primitif portait ses opinions); dans le cas où il refuserait d'obéir, le commissaire devait, devant notaire et témoins, lui intimer « l'ordre de s'abstenir entièrement d'enseigner cette doctrine et opinion, ou de la défendre ou de la traiter; à défaut d'acquiescement, il serait incarcéré. » Von Gebler, Die Acten, p. 40; ras. du procès, fol. 378; Favaro, Galilei e l'Inquisizione, p. 62.

    En conséquence, le vendredi 26, le cardinal Bellarmin fit venir Galilée dans son palais, et là, en présence du commissaire général du Saint-Office, l'avertit de l'erreur qui lui était reprochée et l'invita à l'abandonner. Ensuite le commissaire lui-même, devant témoins, et notamment devant le cardinal Bellarmin, lui intima au nom du souverain pontife et de la S. C. du Saint-Office, « l'ordre d'abandonner entièrement l'opinion qui prétend que le soleil est le centre du monde et immobile et que la terre se meut, défense de la soutenir désormais en aucune manière, de l'enseigner ou de la défendre par parole ou par écrit, sous peine de se voir intenter un procès devant le Saint-Office. » Von Gebler, Die Acten, p. 40; ms. du procès, fol. 378-379 : Favaro, ibid.

    Qu'allait faire Galilée devant une pareille sommation ? Ce serait le mal connaître que de lui prêter un sentiment de révolte. Dans la lettre du 10 février 1615, à Mgr Dini, que nous avons déjà citée, il écrivait : « Je suis dans l'intime disposition de m'arracher l'œil pour n'être pas scandalisé, plutôt que de résister à mes supérieurs et de faire tort à mon âme en soutenant contre eux ce qui présentement me paraît évident et que je crois toucher de la main. » Favaro, Le opere, t. V, p. 295. Guicciardini témoigne qu'il persistait dans ces sentiments à la veille de la décision du Saint-Office. Lettre du 4 mars 1616, dans Favaro, Le opere, t XII, p. 212. On ne s'étonnera donc pas du geste qu'il fit devant le commissaire de l'Inquisition. « Galilée, dit le procès-verbal, acquiesça à l'ordre qui lui était donné et promit d'obéir. » Von Gebler, Die Acten, p. 40; manuscrit du procès, fol. 378-379; Favaro, Le opere, t. XIX, p. 322.

    La S. C. de l'Index eut sans doute égard à la simplicité et à la franchise de cette soumission…

  3. #3
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    III. LE PROCÈS DE 1616.

    (SUITE)

    (col. 1066)

    La S. C. de l'Index eut sans doute égard à la simplicité et à la franchise de cette soumission. Dans la condamnation générale qu'elle porta, le 5 mars suivant, contre la théorie copernicienne et contre les ouvrages de Copernic, donec corrigantur, elle ne prononça pas le nom de Galilée ni ne signala expressément ses ouvrages. Von Gebler, Die Acten, p. 50; Favaro, Le opere, t. XIX, p. 323; cf. Müller, Galileo Galilei, p. 208-210. Celui-ci n'en comprit pas moins la leçon qui lui était donnée

    « L'issue de cette affaire, écrivait-il le 6 mars, a montré que mon opinion n'a pas été acceptée par l'Église. Celle-ci a seulement fait déclarer qu'une telle opinion n'était pas conforme aux saintes Écritures, d'où il suit que les livres voulant prouver ex professo que cette opinion n'est pas opposée à l'Écriture sont seuls prohibés. » Alberi, Le opere, t. VI, p. 231.

    Ses adversaires cependant ne désarmaient pas. Dans une audience du 11 mars, où le souverain pontife lui témoigna une extrême bienveillance, il se plaignit des calomnies qui circulaient toujours sur son compte. Paul V le rassura en affirmant que les Congrégations et lui-même connaissaient parfaitement la pureté de ses intentions et la droiture de son esprit. « De mon vivant, ajouta le pape, vous pouvez être sûr qu'on ne donnera aucune créance aux calomniateurs. » Lettre du 12 mars 1616. dans Alberi, Le opere, t. VI, p. 233.

    Cette assurance n'empêcha pas le bruit de se répandre que l'Inquisition avait condamné Galilée à une abjuration et à une pénitence salutaire. Pour réfuter cette allégation injurieuse, Galilée sollicita de Bellarmin une attestation qui lui permît de fermer la bouche à ses ennemis, en rétablissant les faits. Le témoignage du cardinal figura plus tard au procès de 1633. En voici la teneur :

    « Galilée n'a abjuré ni entre nos mains ni en celles de personne autre, à Rome ou ailleurs, que nous sachions, aucune de ses opinions ou doctrines; il n'a pas non plus reçu de pénitence salutaire, ni d'autre sorte; on lui a seulement notifié la déclaration faite par notre Saint-Père et publiée par la S. C. de l'Index, où il est marqué que la doctrine attribuée à Copernic, à savoir que la terre se meut autour du soleil, et que le soleil se tient au centre du monde, sans se mouvoir de l'orient à l'occident, est une doctrine contraire aux saintes Écritures, et que par conséquent on ne peut la défendre ni la soutenir. » Attestation datée du 26 mai 1616, dans von Gebler, Die Acten, p. 91; manuscrit du procès, fol. 427; Favaro, Le opere, t. XIX, p. 348.

    IV. INFRACTION AU DÉCRET DE 1616.…

  4. #4
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    (col. 1066-1067)

    IV. INFRACTION AU DÉCRET DE 1616. — Galilée quitta Rome et regagna Florence où l'attendaient la bienveillance et les faveurs du grand-duc de Toscane. Allait-il s'ensevelir dans une futile oisiveté ? S'il continuait à poursuivre ses recherches astronomiques, il était bien difficile, pour ne pas dire impossible, qu'il ne retrouvât pas, au bout de ses nouveaux calculs, ses anciennes conclusions.

    Or tout l'invitait, ses admirateurs comme ses adversaires, à reprendre ses études et à suivre sa pointe.

    Dès le 1er juin 1616, un médecin napolitain, philosophe et mathématicien, Stelliota, lui traçait un plan de conduite en ces termes :
    « Les professeurs des sciences doivent montrer les calomnies des sophistes. La pensée des supérieurs est sainte et juste : mais, comme le décret (de 1616) a été rendu sans que les parties aient été entendues, il faudrait revoir la cause qui intéresse tout le monde; il faudrait que les professeurs de mathématiques étrangers présentassent un mémoire. » Et avec un grand sens il ajoutait : « Faites prévenir ceux qui gouvernent le monde que les personnes qui cherchent à mettre la discorde entre la science et la religion sont peu amies de l'une et de l'autre. » Alberi, Le opere, t. XIII, p. 386.

    Cependant Galilée se tut pendant plusieurs années.

    Il ne rompit le silence qu'à la suite d'une provocation qui provenait d'un professeur du Collège romain, le P. Horace Grassi, lequel attaquait directement, bien qu'avec certains égards, dans un livre intitulé : Libra astronomica, cf. Favaro, Le opere, t. VI, p. 111-171, la théorie copernicienne et les thèses de Galilée. Celui-ci ne pouvait manquer de relever le gant.

    Il publia son Saggiatore , « l'Essayeur », Favaro, Le opere, t. VI, p. 199, sous forme de lettre adressée à Mgr Cesarini, qui allait devenir le maestro di camera d'Urbain VIII. L'ouvrage avait pour but de faire voir que le système de Copernic et de Képler est en parfait accord avec les observations du télescope, tandis que le système de Ptolémée et des péripatéticiens est insoutenable.

    Galilée concluait que, le premier système étant condamné par l'autorité ecclésiastique et le second par la raison, il fallait en chercher un autre. Malgré cette conclusion, le Saggiatore était, au fond, une défense habilement conduite de la doctrine copernicienne.

    Le maître du sacré palais et ses théologiens ne s'en aperçurent pas. L'autorisation d'imprimer, délivrée le 2 février 1623, contient ces mots :

    « J'ai lu par ordre du maître du sacré palais cet ouvrage du Saggiatore, et outre que je n'y ai rien trouvé de contraire aux bonnes mœurs ou qui s'éloigne de la vérité surnaturelle de notre foi, j'y ai reconnu de si belles considérations sur la philosophie naturelle que notre siècle, je crois, pourra se glorifier dans les siècles futurs, non seulement d'un héritier des travaux des philosophes passés, mais aussi d'un révélateur de beaucoup de secrets de la nature, qu'ils furent impuissants à découvrir; ainsi le démontrent les ingénieuses et sages théories de l'auteur dont je suis heureux d'être le contemporain, parce que ce n'est plus avec le peson et approximativement, mais avec des balances très sûres, que se mesure aujourd'hui l'or de la vérité. » Alberi, Le opere, t. IX, p. 26. L'ouvrage fut offert au nouveau pape, le cardinal Barberini, devenu Urbain VIII, qui en accepta la dédicace. Alberi, Le opere, t. IX, p. 1.

    Bien plus, le souverain pontife, « le lut, dit-on…

  5. #5
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    IV. INFRACTION AU DÉCRET DE 1616.

    (SUITE)

    (col. 1067-1068)

    Bien plus, le souverain pontife, « le lut, dit-on, avec grand plaisir. » Lettre de Rinuceini du 20 octobre 1623, Alberi, Le opere, t. XIII, p. 154. Flatté d'un tel hommage rendu à son livre, Galilée se prit à caresser de hardis projets pour l'avenir. Dans un voyage qu'il fit à Rome en 1624, il eut avec le pape Urbain VIII jusqu'à six entretiens assez longs. Espérait-il pouvoir faire rapporter le décret de 1616 ? Cela n'est pas improbable.

    Un de ses partisans, le cardinal Hohenzollern, crut pouvoir inviter Urbain VIII à se prononcer en faveur du système héliocentrique. Le pape se hâta de répondre que cette doctrine n'avait jamais été condamnée comme hérétique, et que personnellement il ne la ferait jamais condamner, bien qu'il la considérât comme très hasardée : « Du reste, il n'y avait pas à craindre que jamais on pût en démontrer la justesse et la vérité. » Lettre de Galilée à Cesi, 8 juin 1624, dans Favaro, Le opere, t. XIII, p. 182.

    Malgré la haute estime qu'Urbain VIII professait pour Galilée et dont on a maints témoignages positifs, cf. notamment la lettre que le pape adressait le 8 juin 1624 au grand-duc de Toscane et qui contient un éloge extraordinaire du savant astronome, Favaro, Le opere, t. XIII, p. 183-184, il n'est pas vraisemblable qu'il se soit prêté à une revision du procès de 1616.

    Galilée n'en rapporta pas moins à Florence la conviction que le système copernicien ne pouvait être condamné comme hérétique. Son ardeur scientifique s'en accrut d'autant. Il conçut un grand ouvrage dans lequel il développait les idées déjà insinuées dans le Saggiatore sur les deux systèmes du monde qui se partageaient les esprits.

    II y travailla sept ou huit ans.

    Dans une lettre en date du 24 décembre 1629, qu'il adresse au prince Cesi, fondateur de l'Académie des Lincei, dans Favaro, Le opere, t. XIV, p. 60, on voit que l'œuvre était presque achevée.

    Elle ne parut cependant qu'en 1632, sous ce titre: Dialogo di Galileo Galilei Linceo matematico sopra ordinario dello studio di Pisa e filosofo e matematico primario del serenissimo Granduca di Toscana : dove nei congressi di quattro giornate si discorze sopra i due massimi sistemi del mondo, Tolemaico e Copernicano, proponendo indeterminatamente ragioni filosofiche e naturati tanto per l'una quanto per t'altra parte. Favaro, Le opere, t. VII, p. 20-489.

    La publication avait souffert d'énormes difficultés. Galilée aurait souhaité de la faire imprimer à Rome. Mais le P. Riccardi, maître du sacré palais, qui avait si bien accueilli le Saggiatore, reconnut que l'auteur, dans ce nouvel ouvrage, loin de proposer le système de Copernic comme une hypothèse mathématique, en parlait en termes qui formaient un essai de démonstration scientifique. II ne fallait pas songer à le mettre au jour dans cet état. Le P. Riccardi proposa donc d'y introduire certaines corrections, que Galilée admit en principe. L'autorisation d'imprimer lui fut accordée à ces conditions. Favaro, Le opere, t. XIV, p. 258, lettre de Galilée à Cioli; von Gebler, Die Acten, p. 52 sq. ; ms. du procès, fol. 387 sq.

    Bientôt cependant, par suite de circonstances qu'il serait trop long d'indiquer ici, il fut contraint de remporter son manuscrit à Florence…

  6. #6
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    IV. INFRACTION AU DÉCRET DE 1616.

    (SUITE)

    (col. 1068-1069)

    Bientôt cependant, par suite de circonstances qu'il serait trop long d'indiquer ici, il fut contraint de remporter son manuscrit à Florence. Là, il le soumit à l'examen de l'inquisiteur, qui lui donna l'imprimatur sous les réserves qu'avait faites le P. Riccardi. C'était un succès, ce semble, mais un succès qui pouvait devenir dangereux. N'était-il pas à craindre que Rome ne jugeât sévèrement le procédé de l'Inquisition florentine?

    Pour comble d'imprudence, Galilée mit en tête de son livre, avec l'imprimatur de l'inquisiteur et du vicaire général de Florence, celui du P. Riccardi, qui n'avait été accordé que sous conditions et conditions non remplies. Cf. von Gebler et le ms. du procès, loc.cil.

    Il suffisait d'ouvrir le volume pour comprendre les justes appréhensions du maître du sacré palais. Les interlocuteurs du dialogue s'appelaient Segredo, Salviati et Simplicio : les deux premiers, savants amis de Galilée, l'un Florentin, l'autre Vénitien, déjà morts, soutenaient le système copernicien; le troisième, dont le nom avait été emprunté à un commentateur d'Aristote, défendait la théorie de Ptolémée. Mais il était visible que Simplicio ne jouait son rôle que pour la forme : les raisons qu'il alléguait ne servaient qu'à mettre en valeur la force des arguments de ses contradicteurs. On accusa même Galilée d'avoir mis les arguments favorables à Ptolémée « dans la bouche d'un sot. » Cf. Von Gebler, Die Acten, p. 56; ms. du procès, fol. 389 V°.

    Dès que l'ouvrage fut connu à Rome, il souleva une tempête de colères et de réclamations. On devine d'où venait ce « fracas », comme parle Galilée. Lettre du 17 mai 1632. « Il a écrit son livre contre le sentiment commun des péripatéticiens, » Albert, Le opere, t. IX, p. 275, disait le P. Scheiner, jésuite. Ce que l'auteur avait le plus à redouter, remarque à son tour Campanella, récemment sorti des prisons du gouvernement espagnol, « c'était la violence des gens qui ne savent rien. » Albert, Le opere, t. IX, p. 284.

    Les sévérités de l'autorité ecclésiastique, jusque-là favorable à l'auteur, en raison des sentiments de piété et d'obéissance qu'il avait toujours montrés, étaient aussi à appréhender. Le P. Riccardi pouvait se plaindre qu'on eût abusé de sa complaisance, voire de sa signature. Le pape se reconnut-il, comme on l'a prétendu, dans le Dialogo, sous le personnage un peu ridicule de Simplicio, dans la bouche duquel se trouvaient divers arguments qu'il avait jadis opposés à Galilée au cours d'un entretien familier? Cela n'est pas invraisemblable. Cf., sur ce point, H. de l'Épinois, dans la Revue des questions historiques, 1867, t. II, p. 119 sq. ; Favaro, Le opere, t. XVI, p. 455. Des raisons plus graves étaient, du reste de nature à le mécontenter; Galilée avait manifestement enfreint l'engagement pris en 1616 de ne plus enseigner la doctrine copernicienne. Cela suffisait pour le perdre dans l'estime et dans la confiance du souverain pontife.

    Aussi voyons-nous, dès la première quinzaine d'août (1632), Urbain VIII déférer le Dialogo à l'examen d'une commission extraordinaire…

  7. #7
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    IV. INFRACTION AU DÉCRET DE 1616.

    (SUITE)

    (col. 1069)

    Aussi voyons-nous, dès la première quinzaine d'août (1632), Urbain VIII déférer le Dialogo à l'examen d'une commission extraordinaire. Par égard pour l'auteur et peut-être surtout pour son protecteur, le grand-duc de Toscane, le Saint-Office n'en fut pas d'abord saisi. La commission n'eut en quelque sorte qu'un caractère officieux. Dépêche de Niccolini. 18 septembre 1632, Alberi, Le opere, t. IX, p. 427.

    Urbain VIII était pourtant très irrité. Le 5 septembre, apercevant Niccolini, ambassadeur de Toscane, il éclata en violents reproches :

    « Galilée, dit-il, a, lui aussi, la hardiesse d'entrer où il ne doit pas entrer, et d'aborder les matières les plus graves et les plus dangereuses que l'on puisse agiter en ce moment-ci. »

    « Mais il a imprimé son livre avec autorisation, » fit observer l'ambassadeur.

    « Oui, reprit le pape avec animation, Ciampoli et le maître du sacré palais ont été circonvenus : Ciampoli, sans avoir jamais vu et lu l'ouvrage, m'a affirmé que Galilée voulait se conformer en tout aux ordres du pape et que tout était bien. »

    Et Urbain VIII se plaignit de Ciampoli et du maître du sacré palais. « On donnera du moins à Galilée le temps de se justifier ? » demanda Niccolini.

    « En ces matières du Saint-Office, on ne fait que censurer, reprit le pape, puis on demande une rétractation. »

    « Galilée ne pourrait-il pas savoir auparavant ce qu'on lui reproche ? » objecta Niccolini.

    « Je vous le dis, répliqua vivement le pape, le Saint-Office ne procède pas ainsi; jamais on ne prévient personne auparavant, d'autant plus que Galilée sait très bien, s'il veut le savoir, en quoi consistent les difficultés, car nous en avons causé ensemble et le lui avons dit nous-même... » Dépêche de Niccolini, 5 septembre, Alberi, Le opere, t. IX, p. 420.

    Le rapport de la commission ne se fit pas attendre : en voici les conclusions : …

  8. #8
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    IV. INFRACTION AU DÉCRET DE 1616.

    (SUITE)

    (col. 1069-1070)

    Le rapport de la commission ne se fit pas attendre : en voici les conclusions :

    « 1° Galilée a transgressé les ordres qu'on lui avait donnés, en abandonnant l'hypothèse pour affirmer absolument la mobilité de la terre et la stabilité du soleil;

    2° il a mal rattaché l'existence du flux et du reflux de la mer à la stabilité du soleil et de la mobilité de la terre, qui n'existent pas;

    3° il a frauduleusement passé sous silence l'ordre, que le Saint-Office lui avait intimé en 1616, d'abandonner entièrement, de ne plus enseigner ni défendre, de quelque manière que ce fût, par la parole ou par les écrits, l'opinion d'après laquelle le soleil est le centre du monde et la terre se meut. » Von Gebler, Die Acten, p. 53; ms. du procès, fol. 387 V°.

    A côté de ce document, le recueil manuscrit des pièces du procès contient un rapport du même genre où se retrouvent les mêmes conclusions, un peu plus détaillées, sous huit chefs différents. Von Gebler, Die Acten, p. 56; ins. du procès, fol. 389.

    En fait, l'accusation se ramène à ces deux chefs : Galilée a désobéi aux ordres du Saint-Office et violé son engagement de 1616; Galilée, bien qu'il déclare vouloir traiter la question du mouvement de la terre hypothétiquement, procède par voie d'affirmation et enseigne sa théorie de façon absolue. Ce sont les reproches qu'Urbain VIII formula expressément dans un nouvel entretien qu'il eut avec Niccolini. Alberi, Le opere, t. IX, p. 435.

    Le rapport de la commission concluait qu'il y avait lieu de délibérer sur la procédure à suivre « tant contre Galilée que contre son ouvrage. » Von Gebler, Die Acten, p. 53; ms. du procès, fol. 387 V°.

    V. Le PROCÈS DE 1633

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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    (col. 1070)

    V. Le PROCÈS DE 1633. — Le 23 septembre 1632, l'inquisiteur de Florence reçut l'ordre de signifier à Galilée qu'il eût à se présenter devant la commission du Saint-Office dans le courant d'octobre, afin d'expliquer sa conduite. Cet ordre émanait du pape. Von Gebler, Die Acten, p. 93; ms. du procès, fol. 394.

    Galilée comprit alors en quels périls il s'était engagé. Il fit d'abord la sourde oreille et chercha à gagner du temps. Il offrit même de s'expliquer devant l'inquisiteur de Florence, prétextant son grand âge (près de soixante-dix ans), son état maladif et la fatigue d'un voyage à Rome. Von Gebler, Die Acten, p. 65-71; ms. du procès, fol. 397-407; cf. H. de l'Épinois, dans la Revue des questions historiques, 1867, t. II, p. 120 sq. Ces atermoiements étaient inutiles. Ses amis ne doutèrent bientôt plus que le meilleur parti était d'obéir et de se soumettre : « Croyez bien, lui écrivait Niccolini, qu'il serait nécessaire de ne pas essayer de défendre ce que la Congrégation n'approuve pas, mais qu'il faudra s'en rapporter à ce que voudront les cardinaux : autrement vous soulèverez de très grandes difficultés. » Favaro, Le opere, t. XIV, p. 418.

    Trois mois s'écoulèrent ainsi en vains pourparlers. Le pape à la fin s'impatienta. On eut beau lui présenter le certificat de trois médecins (le certificat est du 17 décembre 1632, von Gebler, Die Acten, p. 71 ; ms. du procès, fol. 307) attestant que Galilée était retenu au lit par la maladie. Se défiant du témoignage, il fit écrire le 20 décembre à l'inquisiteur de Florence que ni lui ni la Congrégation ne pouvaient et ne devaient supporter de tels subterfuges; qu'il fallait vérifier si vraiment Galilée pouvait sans péril se rendre à Rome, en faisant constater par un commissaire, assisté d'un médecin, l'état réel du malade; s'il pouvait venir, on l'amènerait prisonnier et lié avec des fers; si, au contraire, sa santé l'exigeait, on surseoirait au déplacement; mais une fois le danger passé, on l'amènerait prisonnier, enchaîné et lié avec des fers. Dans tous les cas, le commissaire et les médecins devaient procéder aux frais de Galilée, parce que celui-ci s'était mis dans cette situation par sa faute et qu'il avait refusé d'obéir en temps opportun. Favaro, Le opere, t. XIV, p. 281.

    De tels ordres paraîtront rigoureux. Mais Galilée les avait en quelque sorte provoqués. Rome ne faisait en somme que suivre la procédure ordinaire usitée dans les tribunaux, où il y avait contrainte par corps contre tout accusé qui refusait de se présenter librement.

    La menace ne fut d'ailleurs pas mise à exécution. Le 20 janvier, Galilée se décida à prendre le chemin de la Ville éternelle. Von Gebler, Die Acten, p. 73; ms. du procès, fol. 411. Une litière du grand-duc de Toscane lui servit de véhicule. Il arriva à Rome en un état de santé très satisfaisant, le 13 février 1633.

    Comme tous les accusés, fussent-ils prélats ou évêques, il devait s'attendre à être interné dans une des cellules du Saint-Office….

  10. #10
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    GALILÉE

    V. Le PROCÈS DE 1633.

    (SUITE)

    (col. 1070-1071)

    Comme tous les accusés, fussent-ils prélats ou évêques, il devait s'attendre à être interné dans une des cellules du Saint-Office. Par une gracieuse exception faite en sa faveur, la résidence de l'ambassadeur Niccolini, « le palais de Florence » (sur la place de ce nom, et non la villa Médicis, comme on l'a cru), lui fut assigné pour domicile. Cf. Favaro, Quale il domicilio di Galileo in Roma durante il secondo processo, dans Archivio storico italiano, 1906, fasc. 2. Il y trouva non seulement le logement et la table, mais des agréments de toute sorte, au sein d'une famille riche et dévouée. Plus tard, pour éviter les interruptions dans la procédure, on lui fit quitter cette retraite, mais alors encore il eut pour demeure, au lieu d'une prison, l'appartement du fiscal de l'Inquisition, appartement qui se composait de trois belles pièces. Alberi, Le opere, t. IX, p. 437. Il y habitait avec son domestique, et l'ambassadeur du grand-duc, ainsi que l'ambassadrice, continuèrent de lui procurer toutes ses aises, ibid.., t. VII, p. 29; c'est lui-même qui nous l'atteste. Il passa en tout, dans ce logement, entre le 12 avril et le 22 juin, vingt-deux jours. Sa santé n'eut pas à en souffrir; là-dessus encore nous possédons son témoignage. Ibid.

    Il lui fallut subir quatre interrogatoires; le premier eut lieu le 12 avril, von Gebler, Die Acten, p. 74; ms. du procès, fol. 413; le dernier le 21 juin.

    Nous ne pouvons que les résumer ici; ils roulent sur trois points :

    1° Galilée a trahi l'engagement qu'il avait pris d'abandonner complètement la doctrine de Copernic et de ne plus l'enseigner en aucune manière;

    2° non seulement il a repris cette théorie, mais encore, au lieu de la traiter d'une manière hypothétique, il en affirme la valeur scientifique, c'est la question du dictum ou factum hæreticate;

    3° comme cette théorie était condamnée par le Saint-Office, l'auteur du Dialogo l'avait-il, malgré tout, tenue pour vraie et y avait-il adhéré dans son for intérieur ? C'est la question de l'intentio.

    Sur le premier point, il s'agissait simplement de dissiper un malentendu…

  11. #11
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    GALILÉE

    V. Le PROCÈS DE 1633.

    (SUITE)

    (col. 1071)

    Sur le premier point, il s'agissait simplement de dissiper un malentendu. On se rappelle que, le 25 février 1616, le tribunal de l'Inquisition avait ordonné à Galilée, ut omnino abstineat hujusmodi doctrinam et opinionem docere aut defendere seu de ea tractare. Le lendemain, la décision était précisée en ces termes : Nee eam (opinionem) de cetero quovis modo teneat, doceat aut defendat, verbo aut scriptis. Von Gebler, Die Acten, p. 49; ms. du procès, fol. 378.

    Mais Galilée n'avait connu ces prescriptions que par Bellarmin, qui s'était borné à déclarer qu'il n'était pas permis « de défendre et de tenir l'opinion de Copernic. » Au fond, ces formules expriment la même idée. Cf. Vacandard, La condamnation de Galilée, dans Études de critique et d'histoire religieuse, lre série, 4e édit., Paris, 1909, p. 313-317.

    Mais les juges de 1633 n'acceptèrent pas cette équivalence et reprochèrent expressément à Galilée de n'avoir pas tenu compte des mots quovis modo dans la défense qui lui avait été faite d'enseigner la théorie copernicienne. Von Gebler, Die Acten, p. 79, 88; ms. du procès, fol. 410, 424.

    L'accusé se justifia en alléguant le texte de la lettre que lui avait adressée le cardinal Bellarmin. Les mots quovis modo ne s'y lisaient point. Or, l'auteur du Dialogo pouvait-il soupçonner que le cardinal n'eût pas reproduit exactement ou traduit fidèlement la pensée du Saint-Office ? En se conformant aux ordres de Bellarmin, l'accusé avait conscience de n'avoir pas trahi sa promesse, ni par conséquent violé le décret de 1616. Interrogatoires du 12 avril et du 10 mai, von Gebler, Die Acten, p. 77 sq., 88 sq. ; ms. du procès, fol. 415, 423.

    Le second grief était plus difficile à écarter…

  12. #12
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    GALILÉE

    V. Le PROCÈS DE 1633.

    (SUITE)

    (col. 1071-1072)

    Le second grief était plus difficile à écarter. Galilée commença par affirmer qu'il n'avait exposé dans son ouvrage la théorie copernicienne que sous une forme purement hypothétique. Mais ayant eu vent que les théologiens consulteurs, Augustin Oreggi, Melchior Inchofer, jésuite, et Zacharias Paschaligo, après examen du Dialogo, étaient d'avis que la thèse y était soutenue de façon absolue, de firma huic opinioni adhæsione vehementer esse suspectum, dit Inchofer, von Gebler, Die Acten, p. 92; ms. du procès, fol. 443, l'accusé fut sans doute pris de peur et finit par s'avouer coupable. Von Gebler, Die Acten, p. 83-84; ms. du procès, fol. 419-420.

    « En raison des accusations dont je suis l'objet, j'ai voulu, dit-il dans l'interrogatoire du 30 avril, relire mon livre afin de voir si, par inadvertance et contre mon intention, il ne me serait pas échappé certaines expressions qui auraient pu faire croire, à un lecteur mal averti de ma pensée intime, que les arguments dirigés contre la thèse fausse que je me proposais de réfuter manquaient de force et étaient eux-mêmes facilement réfutables. Et j'ai trouvé qu'en effet deux arguments favorisaient trop l'opinion copernicienne. C'est là une erreur de ma part, je le confesse. C'est l'effet d'une vaine ambition, d'une pure ignorance et d'une inadvertance. Si j'avais aujourd'hui à exposer les mêmes raisons, je les énerverais (nerverei) de telle sorte qu'elles ne pourraient plus avoir cette force, dont elles sont d'ailleurs essentiellement et réellement dépourvues. » Von Gebler, Die Acten, p. 85; ms. du procès, fol. 420-421.

    Après cette déclaration, qu'il répéta dans l'interrogatoire du 10 mai, von Gebler, Die Acten; ms. du procès, fol. 425 V°, Galilée s'apprêtait à sortir; mais il revint sur ses pas et il ajouta : « Afin de bien prouver que je n'ai pas tenu et que je ne tiens pas pour vraie l'opinion condamnée de la mobilité de la terre et de l'immobilité du soleil, je suis tout disposé, si on m'en donnait la faculté et le temps, à continuer mes dialogues et à reprendre les arguments déjà présentés en faveur de cette opinion fausse et condamnée, pour les réfuter de la manière la plus efficace qu'il plaira à Dieu de m'enseigner. » Favaro, Galileo e l'Inquizitione, p. 76-87.

    Sur la portée du Dialogo on avait donc son aveu : la doctrine en était réellement copernicienne. Restait la question de l'intentio. Était-il bien vrai que Galilée n'y eût pas adhéré de cœur, comme il osait l'affirmer ?

    Dans une séance tenue, le 16 juin, par le Saint-Office, au palais du Quirinal, le Saint-Père décida de lui faire « subir un interrogatoire sur son intention, même avec menace de la torture; s'il persistait (à nier son adhésion à la doctrine copernicienne), on le ferait abjurer en pleine séance de la Congrégation, et on le condamnerait à la prison, au gré du Saint-Office. On lui enjoindrait, en outre, de ne plus traiter désormais, de quelque manière que ce fût, ni pour ni contre, par écrit ou de vive voix, le sujet de la mobilité de la terre et de la stabilité du soleil, sous peine d'être relaps. » Le Dialogo serait prohibé.

    Et pour que ces décisions fussent portées à la connaissance de tous, le pape ordonna d'envoyer des exemplaires de la future sentence à tous les nonces apostoliques, à tous les inquisiteurs de l'hérésie et principalement à l'inquisiteur de Florence, qui devait la lire publiquement en pleine séance, après avoir convoqué la plupart des professeurs de mathématiques. Von Gebler, Die Acten, p. 112; ms. du procès, fol. 451 V°; Decreta, dans Favaro, Galileo e l'Inquizitione, p. 20-21.

    En conséquence de ces ordres, Galilée comparut une quatrième et dernière fois, le 21 juin, devant le Saint-Office…

  13. #13
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    GALILÉE

    V. Le PROCÈS DE 1633.

    (SUITE)

    (col. 1072-1073)

    En conséquence de ces ordres, Galilée comparut une quatrième et dernière fois, le 21 juin, devant le Saint-Office.

    On lui demanda « s'il tenait et depuis combien de temps il tenait pour vrai que le soleil était le centre du monde et que la terre n'était pas le centre du monde, ou même se mouvait d'un mouvement diurne. »

    « Avant la décision de la S. C. de l'Index, répondit-il, et avant qu'on m'intimât des ordres à ce sujet, j'étais indifférent et j'estimais que les opinions de Ptolémée et de Copernic étaient toutes deux soutenables, que l'une ou l'autre pouvait être vraie dans la nature. Mais après cette décision, convaincu de la prudence de mes supérieurs, toute ambiguïté cessa dans mon esprit, et j'ai tenu et je tiens encore pour très vraie et indubitable l'opinion de Ptolémée sur la stabilité de la terre et la mobilité du soleil. »

    On lui fit remarquer que son ouvrage témoignait d'un sentiment contraire.

    « Je le répète, depuis la décision de mes supérieurs, je n'ai jamais tenu intérieurement pour vraie l'opinion condamnée. »

    On insista et on lui déclara que, « s'il ne se décidait pas à avouer la vérité, on en viendrait contre lui aux moyens de droit et de fait qui seraient opportuns. »

    « Encore une fois, je ne soutiens pas, ni n'ai jamais soutenu dans mon for intérieur l'opinion de Copernic depuis que j'ai reçu l'ordre de l'abandonner. Du reste, je suis entre vos mains, faites ce qu'il vous plaira.

    — Dites la vérité, sinon on en viendra à la torture.

    — Je suis ici pour obéir ; après la décision de l'Index, je n'ai pas tenu cette opinion (pour vraie), je l'ai déjà dit. »

    Comme on ne pouvait rien obtenir de plus, on le renvoya à sa place, après lui avoir fait signer sa déposition. Favaro, Galileo e l'Inquisizione, p. 100-101; von Gebler, Die Acten, p. 112-114; ms. du procès, fol. 452-453.

    De torture proprement dite, il ne fut pas question. Cf., sur ce point, Vacandard, La condamnation de Galilée, loc. cit., p. 331, note; Garzend, Si Galilée pouvait légalement être torturé, dans la Revue des questions historiques, octobre 1911 et janvier 1912.

    Cette douloureuse séance, où l'attitude de l'accusé étonne et afflige autant que l'insistance des juges…

  14. #14
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    V. Le PROCÈS DE 1633.

    (SUITE)

    (col. 1073)

    Cette douloureuse séance, où l'attitude de l'accusé étonne et afflige autant que l'insistance des juges, ne remplissait encore qu'à moitié les intentions et les ordres du souverain pontife.

    Il restait à condamner Galilée à la prison, après l'avoir fait abjurer. On le conduisit le lendemain dans la grande salle du couvent des dominicains de Santa Maria sopra Minerva. La sentence fut prononcée au nom du Saint-Office. Galilée en écouta le lecture, debout et la tête découverte. Ce jugement, rédigé en italien, débutait par les noms et les titres des dix cardinaux qui composaient le tribunal du Saint-Office, puis résumait, assez longuement d'ailleurs, l'historique du procès, en remontant jusqu'à l'année 1615.

    Nous ne donnerons ici que la sentence proprement dite :

    Nous prononçons, jugeons et déclarons que toi, Galilée, tu t'es rendu véhémentement suspect d'hérésie, à ce Saint-Office, comme ayant cru et tenu une doctrine fausse et contraire aux saintes et divines Écritures, à savoir : que le soleil est le centre de l'univers, qu'il ne se meut pas d'orient en occident, que la terre se meut et n'est pas le centre du monde; et qu'on peut tenir et défendre une opinion comme probable, après qu'elle a été déclarée et définie contraire à l'Écriture sainte : en conséquence, tu as encouru toutes les censures et peines établies et promulguées par les sacrés canons et les autres constitutions générales et particulières contre les fautes de ce genre. Il nous plaît de t'en absoudre, pourvu qu'auparavant, d'un cœur sincère et avec une foi non simulée, tu abjures en notre présence, tu maudisses et tu détestes les erreurs et hérésies susdites et toute autre erreur et hérésie contraire à l'Église catholique et apostolique romaine, selon la formule que nous te présenterons.

    Mais afin que ta grave et pernicieuse erreur et ta désobéissance ne restent pas absolument impunies, afin que tu sois à l'avenir plus réservé et que tu serves d'exemple aux autres, pour qu'ils évitent ces sortes de fautes, nous ordonnons que le livre des Dialogues de Galileo Galilei soit prohibé par un décret public; nous te condamnons à la prison ordinaire de ce Saint-Office pour un temps que nous déterminerons à notre discrétion, et à titre de pénitence salutaire nous t'imposons de dire pendant trois ans, une fois par semaine, les sept psaumes de la pénitence, nous réservant la faculté de modérer, de changer, de remettre tout ou partie des peines et pénitences ci-dessus. Favaro, Le opere, t. XIX, p. 405-406; Galileo e l'Inquisizione, p. 146.

    Le texte de la condamnation porte les signatures de sept cardinaux : les trois autres membres du Saint-Office dont les noms manquent n'assistaient vraisemblablement pas à la séance, mais nous savons par Niccolini, d'après une déclaration du pape, Favaro, Le opere, t. XV, p. 160, que l'unanimité (nemine disculpante) était complète parmi les membres du tribunal. La sentence n'était d'ailleurs que l'exécution de l'ordre donné par Urbain VIII dans la séance du 16 juin.

    La lecture du jugement achevée, Galilée reçut une formule d'abjuration écrite en italien; et, à genoux, la main sur les saints Évangiles, il lut :…

  15. #15
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    V. Le PROCÈS DE 1633.

    (SUITE)

    (col. 1073-1074)

    La lecture du jugement achevée, Galilée reçut une formule d'abjuration écrite en italien; et, à genoux, la main sur les saints Évangiles, il lut :

    Je, Galileo Galilei, fils de feu Vincent Galilei de Florence, âgé de soixante-dix ans..., je jure que j'ai toujours cru, que je crois maintenant, et qu'avec l'aide de Dieu je croirai à l'avenir tout ce que tient, prêche et enseigne la sainte Église catholique et apostolique romaine.

    Mais parce que, après que ce Saint-Office m'avait juridiquement intimé l'ordre d'abandonner absolument la fausse opinion que le soleil est le centre du monde et immobile, que la terre n'est pas le centre et se meut, et la défense de tenir, de défendre et d'enseigner cette fausse doctrine d'aucune manière, de vive voix ou par écrit; et comme, après qu'il m'avait été notifié que cette doctrine est contraire à l'Écriture sainte, j'ai écrit et fait imprimer un livre dans lequel je traite cette doctrine déjà condamnée et j'apporte des arguments très efficaces en sa faveur, sans donner aucune solution, j'ai été jugé véhémentement suspect d'hérésie par ce Saint-Office, à savoir, d'avoir tenu et cru que le soleil est le centre du monde et immobile, et que la terre n'est pas le centre et se meut.

    Voulant donc faire disparaître de l'esprit de Vos Éminences et de tout chrétien ce véhément soupçon qui a été justement formé contre moi, j'abjure, je maudis et je déteste les susdites erreurs et hérésies, et généralement toute autre erreur quelconque et secte contraire à la sainte Église. Et je jure qu'à l'avenir je ne dirai plus et n'assurerai plus, de vive voix ni par écrit, aucune chose qui puisse donner de moi un tel soupçon; si je connais quelque hérétique ou quelqu'un qui soit suspect d'hérésie, je le dénoncerai à ce Saint-Office, ou à l'inquisiteur et à l'ordinaire du lieu où je me trouverai. Je jure encore et promets d'accomplir et d'observer entièrement toutes les pénitences qui m'ont été ou me seront imposées par ce Saint-Office.
    — II signa ensuite de sa propre main : « Je, Galileo Galilei, ai abjuré comme ci-dessus. » Favaro, Le opere, t. XIX, p. 402-407; Galileo e l'Inquisizione, p. 146 ; Vacandard, La condamnation de Galilée, loc. cit., p. 389-393. Outre le texte italien, le P. Grisar, op. cit., p. 131-137, donne un texte latin en regard. Le texte latin est tiré du P. Riccioli, Almagestum novum, Bologne, 1653, t. II, p. 497 sq.

  16. #16
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    (col. 1074-1075)

    VI. FIN DE GALILÉE. — La peine de Galilée fut commuée par le pape, le jour même de sa condamnation. Au lieu de la prison du Saint-Office, on lui assigna pour demeure le palais du grand-duc de Toscane, ou plutôt la villa Médicis. Cf. Favaro. Le opere, t. XIX, p. 283-284 ; Quale il domicilio di Galileo in Roma durante il secondo processo, loc. cit. Sur la demande de ses amis, il put même, quelques jours plus tard (la permission du pape est du 30 juin), prendre, le 6 juillet, le chemin de Sienne, von Gebler, Die Acten, p. 414; ms. du procès, fol. 453, où l'archevêque Piccolomini lui offrit une somptueuse hospitalité.

    C'était toujours l'exil. Le condamné avait la nostalgie des bords de l'Arno. Urbain VIII, averti de son désir, lui accorda l'autorisation de se retirer à sa villa d'Arcetri, près Florence, à la condition d'y vivre seul et de n'y appeler ni recevoir personne. La permission est du 1erdécembre 1633. Von Gebler, Die Acten, p. 164; ms. du procès, fol. 531.

    Cette réserve devait d'ailleurs s'entendre dans un sens large; les visites des parents et des amis n'étaient pas défendues, pourvu qu'elles ne portassent pas ombrage, disait le pape lui-même à Niccolini en lui communiquant cette décision. Alberi, Le opere, t. IX, p. 407.

    Des amis maladroits changèrent malheureusement ces bonnes dispositions de la cour de Rome pour Galilée. Ils continuèrent de vanter son génie et ses découvertes. On le dénonça au Saint-Office pour avoir répandu, pendant son séjour à Sienne, « des opinions peu catholiques. » Von Gebler, Die Acten, p. 172; ms. du procès, fol. 547. Galilée s'aperçut bientôt de l'impression produite par ces délations sournoises. Comme il sollicitait la permission de se rendre à Florence pour se faire soigner par les médecins de cette ville, on la lui refusa net. Par une coïncidence fâcheuse, la défense de quitter Arcetri lui fut signifiée le jour même où il apprenait que sa fille, religieuse en un monastère voisin, était dans un état désespéré. Ce fut pour son cœur de père un coup extrêmement douloureux. Les lettres qu'il écrivit vers cette époque se ressentent de sa tristesse aigrie. Alberi, Le opere, t. X, p. 35; t. VII, p. 46.

    Bientôt il devint « totalement aveugle », nous dit l'inquisiteur de Florence. Alberi, Le opere, t. x, p. 281. A cette nouvelle, Urbain VIII n'hésita plus à lui accorder la permission de quitter Arcetri pour la capitale de la Toscane. On lui rappela seulement qu'il restait sous l'obligation de ne recevoir aucune personne suspecte et de « ne jamais traiter du mouvement de la terre. » Von Gebler, Die Acten, p. 179; ms. du procès, fol. 555. Cf. Alberi, Le opere, t. X, p. 285, 287, 290.

    Cette défense ne l'empêcha pas de publier à Leyde, en 1638, son livre : Dialoghi delle nuove scienze, dédié au comte de Noailles. Il continua de s'occuper de questions mathématiques avec ses amis, le P. Castelli, Buonamici, Viviani, Torricelli, etc. Mais ses jours étaient comptés. Le 8 janvier 1642, il s'éteignit, âgé de soixante-dix-sept ans, dix mois et vingt jours, après avoir reçu, sur son lit de mort, la bénédiction du souverain pontife.

    Son corps fut inhumé dans une chapelle attenant à la basilique de Santa Croce. Ses amis auraient voulu lui dresser un monument dans l'église même. Urbain VIII s'y opposa, en disant : « Il ne serait pas d'un bon exemple que le grand-duc élevât un monument à un homme condamné par le Saint-Office pour une opinion si fausse et si erronée, qui a séduit tant d'intelligences et causé à la chrétienté un grand scandale. » Alberi, Le opere, t. XV, p. 403-405. Quatre-vingt-douze ans plus tard, Rome finit par se relâcher de ses rigueurs. Cf. von Gebler, Die Acten, p. 184; ms. du procès, fol. 561. En 1734 (la déclaration du Saint-Office est du 16 juin), les cendres de Galilée furent transportées dans l'église Santa Croce et déposées dans un tombeau élevé en son honneur avec cette inscription :


    VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE.

  17. #17
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    Re: Galileo Galilei: État de la question.

    GALILÉE

    (col. 1075-1076)

    VII. PORTÉE DOGMATIQUE DE LA CONDAMNATION DE GALILÉE. — La condamnation, qui frappa Galilée en 1616 et en 1633, atteignait à la fois sa doctrine et sa personne. Quelle sorte de flétrissure ses juges ont-ils attachée à la théorie dont il s'est fait le champion ? L'ont-ils taxée d'hérésie ou l'ont-ils marquée d'une note moins infamante ? Cela vaut la peine d'être examiné.

    Le texte du jugement des théologiens qualificateurs, dans le procès de 1616, porte, nous l'avons dit, que la première proposition incriminée « est absurde en philosophie et formellement hérétique parce qu'elle contredit expressément les sentences de la sainte Écriture, » formaliter hæreticam, quatenus contradicit. Remarquons le terme : quatenus; la proposition est hérétique, parce que ou en tant que elle est en contradiction avec l'Écriture : ce ne sont pas les mots : contradicit sententiis Scripturæ, qui forment la censure, mais le mot hæreticam; « être en contradiction avec l'Écriture » est simplement le motif de la note « hérétique ». On pourrait même en conclure que toute proposition, par cela même qu'elle est contraire à l'Écriture, quatenus contradicit, est nécessairement « hérétique ». Aussi n'est-il guère vraisemblable que les juges du Saint-Office, dans la séance du 25 février 1616, l'aient entendu autrement.

    Nous ne possédons malheureusement pas de compte rendu détaillé de cette séance. Les pièces du procès n'en fournissent qu'un procès-verbal assez bref : « Le cardinal Millin, y lisons-nous, a notifié à l'assesseur et au commissaire du Saint-Office que, vu la censure des Pères théologiens sur les propositions de Galilée touchant le mouvement de la terre... le Saint-Père a ordonné au cardinal Bellarmin... » Quod relata censura PP. theologorum... Sanctissimus ordinavit. Von Gebler, Die Actcn, p. 48; ms. du procès, fol. 378.

    Il n'est pas dit expressément que la S. C. du Saint-Office a adopté et ratifié le jugement des théologiens. Mais cela semble résulter du texte, puisque le Saint-Père n'est censé agir que conformément à leur censure, relata censura. Si les juges du Saint-Office avaient fait quelque objection à la note des qualificateurs, si surtout ils avaient entrepris de la modifier, il n'est pas vraisemblable que le procès-verbal n'eût pas conservé trace de leur avis ; la chose était de trop d'importance pour que le secrétaire eût oublié de la signaler ou l'eût volontairement passée sous silence. On peut donc considérer comme historiquement certain que le Saint-Office a considéré en 1616 la note d'hérésie comme applicable à la doctrine copernicienne.

    La S. C. de l'Index n'a pas agi différemment dans sa séance du 5 mars suivant. Elle ne s'est pas servi non plus du mot « hérétique » pour qualifier la théorie de Copernic. Encore peut-on se demander si les termes : varias hæreses atque errores, qu'on lit dans la première partie de son décret, von Gebler, Die Acten, p. 30; ms. du procès, fol. 380, ne s'appliquent pas également à la seconde.

    En tout cas, ce qui est hors de conteste, c'est que, dans cette seconde partie, les membres de la Congrégation déclarent « la doctrine pythagoricienne (lisez la doctrine copernicienne) fausse et tout à fait contraire à la sainte Écriture. »

    Que faut-il de plus pour faire entendre que cette doctrine est « hérétique » ?...

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