LE
SAINT ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN
7° Enfin, il ne peut être que l'auteur de l'Apocalypse et de l'Epitre catholique, dite ad Parthos, le second des fils de Zébédée, le disciple bien-aimé, le fils adoptif de Marie, en un mot l'apôtre S. Jean.
4° Un dernier indice, plus convaincant encore…
(suite)
Il aime les sentences brèves et détachées, il se plaît à énoncer ses pensées simplement, à la suite l'une de l'autre, comme autant d'intuitions, sans conjonctions ni pronoms relatifs, ce qui n'empêche pas qu'étant unies par le fond, elles ne produisent dans leur ensemble un grand effet. Au lieu de déduire, il affirme, ou plutôt il atteste ce qu'il voit ou ce qu'il a vu, et il se plaît à répéter les mots et les pensées, comme les vieillards, dit Michaëlis, qui ont recours à ce moyen pour graver leurs maximes dans les esprits.
En fait de figures, il emploie souvent l'antithèse, pour faire ressortir ses idées. Il oppose les lumières aux ténèbres, ceux qui sont nés de Dieu à ceux qui sont nés des hommes, Jésus-Christ à Moïse, la loi à la grâce, les fidèles aux incrédules; ou bien après avoir affirmé une chose, il nie la chose opposée. Il paraît aimer aussi l'apposition, qui se formule par c'est-à-dire, à savoir.
Mais ce qui caractérise S. Jean, c'est moins la forme extérieure du langage que le fond de la pensée.
La simplicité, la naïveté, la négligence même se joignent chez lui à une finesse, à une pénétration, à une profondeur, à une élévation sans égales.
Tout ce qu'il décrit est sensible et vivant. On croirait assister aux scènes qu'il retrace et avoir sous les yeux les acteurs. Ses récits sont autant de drames, pleins de vérité et de mouvement. Il fait parler ses personnages, comme S. Marc, et quelques mots lui suffisent pour les faire connaître.
Avec le talent de peindre, au degré le plus éminent, S. Jean a le don d'éveiller la pensée et de s'énoncer d'une manière frappante. Il sait donner un corps aux choses les plus abstraites et faire apparaître le monde idéal et surnaturel à travers les réalités de l'ordre naturel et terrestre. Chez lui, tous les tableaux sont des emblèmes; l'importance des faits qu'il rapporte est dans les idées qu'ils suggèrent; le présent figure l'avenir; chaque mot renferme une prophétie, une leçon, un mystère.
Autant il est profond dans ses symboles, autant est-il sublime dans ses conceptions. Nul n'a le regard aussi hardi et aussi sûr. Tout ignorant qu'il est des choses de la terre, ce pêcheur de Galilée, inspiré par l'Esprit-Saint, ne craint pas de traiter de celles du ciel. Il ne veut voir dans l'Homme-Dieu lui-même que ce qu'il a de plus divin; et les vérités qu'il nous révèle suffisent pour éclairer la foi, nourrir l'espérance et animer la charité jusqu'à la fin des siècles.
Vivacité, profondeur, sublimité, voilà, en résumé, ce qui distingue cet évangile, ce qui l'a fait appeler par les Saints Pères l'Evangile de l'Esprit, ce qui fait que les cœurs purs y trouvent tant de charmes. Il n'est pas de livre où la divinité du Verbe rayonne avec tant d'éclat. Œuvre merveilleuse, sans modèle comme sans égale, qui porte en elle la preuve de son inspiration et de sa véracité, et qu'on ne pouvait mieux caractériser que par cette figure d'aigle qu'on lui a donnée pour emblème. (L. BACUEZ.)
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