LE
SAINT ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN

(suite)

Enfin, il ne peut être que l'auteur de l'Apocalypse et de l’Épître catholique, dite ad Parthos, le second des fils de Zébédée, le disciple bien-aimé, le fils adoptif de Marie, en un mot l'apôtre S. Jean.

1° Tout le monde convient aujourd'hui de l'authenticité de l'Apocalypse, et jamais on n'a mis en doute celle de la première Épître attribuée à S. Jean. Or, il y a entre ces écrits et le quatrième évangile des rapports aussi nombreux que frappants. On trouve dans chacun les mêmes préoccupations, les mêmes tendances dogmatiques et polémiques. Le style présente les mêmes caractères, la même naïveté unie à la même élévation et à la même profondeur. C'est le même langage au fond, sauf, dans l'Apocalypse, plus de poésie et des irrégularités plus nombreuses.

2° Si l'évangéliste est un des fils de Zébédée, c'est le second, sans aucun doute, le premier ayant été mis à mort avant la dispersion des Apôtres. Or, il ne parait pas douteux que l'auteur du quatrième évangile n'eût cette qualité. Ce qui le prouve, c'est surtout le silence qu'il garde sur ces deux frères. Quoiqu’ils aient dû intervenir bien des fois dans les scènes qu'il retrace, comme étant des amis privilégiés du Sauveur, quoiqu'ils tiennent une place si considérable dans l’Évangile et dans les Actes, jamais il ne les signale dans ses récits. II ne nomme pas même leur mère parmi les personnes qui assistèrent au crucifiement, bien que nous soyons assurés de sa présence par les synoptiques.

Une fois seulement il mentionne les enfants de Zébédée; mais c'est au dernier chapitre, dans une sorte d'appendice; et il ne les met pas à la tête des apôtres, comme ils sont toujours ailleurs, mais au dernier rang, entre les apôtres et de simples disciples. Comment expliquer cette particularité? Elle ne peut avoir pour cause, ce semble, que la modestie de l'auteur, qui veut imiter celle de son Maître et s'effacer autant qu'il lui est possible.

3° On peut par le même procédé dégager plus directement encore du récit évangélique la personnalité de S. Jean.

En effet, son nom ne paraît nulle part. Dans les endroits où l'on croit devoir le trouver, on lit : un disciple, l'autre disciple, celui qui a vu le fait de ses yeux. Non seulement il évite de mêler le nom de S. Jean à ceux des apôtres, il semble même oublier qu'on le lui donne; car toutes les fois qu'il parle du Précurseur, il l'appelle simplement Jean, sans ajouter à ce nom, comme les synoptiques, comme Josèphe lui-même, le titre qui le caractérise, le Baptiste, singularité d'autant plus remarquable que cet évangéliste a coutume de désigner ses personnages de la manière la plus précise : Thomas Didyme, Céphas qu'on appelle Pierre, Judas non l'Iscariote, Nicodème qui vint à Jésus la nuit.

La raison de cette différence est la même que nous avons indiquée plus haut. Ce n'est pas que l'évangéliste avait connu le Précurseur avant qu'on lui donnât ce surnom ; car S. Matthieu ne l'avait-il pas aussi connu à la même époque? C'est que tandis que les synoptiques croient devoir distinguer Jean-Baptiste de Jean l'Apôtre, lui n'a pas cette idée : il n'imagine pas que personne puisse confondre avec lui, ou seulement rapprocher de sa personne, l'illustre précurseur du Messie.

4° Un dernier indice, plus convaincant encore…