LE
SAINT ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT JEAN

(suite)

Il a écrit vers la fin du premier siècle.

— 1° En effet, il suppose que tout est changé à Jérusalem et dans la Judée. Quand il parle des ennemis du Sauveur, il ne dit pas le peuple ou la foule, mais les Juifs, comme pour rappeler un peuple qui a perdu sa nationalité et auquel il a cessé d'appartenir. Il dit la Pâque des Juifs, comme s'il en connaissait déjà une autre, et il nomme les chrétiens, les frères, sans crainte d'équivoque.

— 2° Il rappelle les principales prophéties dont on vit l'accomplissement dans la dernière partie du premier siècle : le martyre de S. Pierre; la réprobation des Juifs; la vocation des Gentils; l'universalité du christianisme. Sur tous ces points il est plus exprès que S. Paul lui-même, et nul n'est plus attentif à montrer comment les Juifs ont mérité leur malheureux sort.

— 3° Le style de cet évangile et ses analogies avec celui des trois épitres qui portent le nom de S. Jean donnent lieu de penser qu'il est de la même époque, ou que S. Jean l'a écrit lorsqu'il était déjà d'un âge fort avancé. Déjà le bruit courait qu'il ne mourrait pas. Déjà l'on voyait s'accomplir les prédictions de S. Paul à Milet : on commençait à parler d'Antéchrist, les mots Verbe, vie, lumières, ténèbres, devenaient familiers aux Gnostiques, et l'on voyait se propager les erreurs que l'évangile réfute.

L'auteur vivait parmi les Gentils et il écrivait pour eux.…