LE
SAINT ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT LUC
INTRODUCTION
Tous les auteurs ecclésiastiques, sauf Clément d'Alexandrie, attestent que cet évangile a paru après celui de S. Marc, et qu'il vient en troisième lieu. L'auteur dit lui-même qu'il n'est pas le premier qui ait essayé d'écrire la Vie du Sauveur. Ailleurs il nous apprend qu'il a publié son évangile avant d'écrire les Actes des Apôtres. Or, le livre des Actes a été terminé, suivant toutes les apparences, en l'an 62 ou 63, époque à laquelle son récit s'arrête brusquement. Il est donc probable que le troisième évangile a été écrit entre l'an 55 et l'an 60, une huitaine d'années après celui de S. Marc, une quinzaine après celui de S. Matthieu. A cette date, le christianisme était déjà établi dans beaucoup de contrées de l'empire; mais la plupart des Apôtres étaient encore en vie.
On peut distinguer dans l’Évangile de S. Luc quatre parties : — 1° Enfance et jeunesse de Notre Seigneur, I, 5-IV, 13. — 2° Prédication dans la Galilée, IV, 14-IX, 50. — 3° Voyage de Galilée à Jérusalem, IX, 51-XVIII, 30. — 4° Derniers mystères, XVIII 31-XXIV.
S. Luc n'avait pas connu Notre Seigneur, ni observé par lui-même les faits évangéliques ; mais il avait à sa disposition les écrits de S. Matthieu et de S. Marc, qui pouvaient le guider dans la plupart de ses récits. Quant aux faits qu'il rapporte seul, et aux circonstances qu'il ajoute aux récits de ses devanciers, il a eu pour s'en assurer diverses autorités :
1º S. Paul, si bien instruit de tout ce qui concernait le Sauveur, soit par ses révélations, soit par les rapports des premiers disciples. On sait que S. Luc a longtemps vécu avec l'Apôtre, qu'il l'a suivi dans la plus grande partie de ses missions. Les premiers chrétiens étaient si persuadés de la part que S. Paul avait prise à la composition du troisième évangile, qu'ils lui en faisaient honneur et que Tertullien l'appelle illuminator Lucæ.
2° Plusieurs personnages apostoliques : S. Barnabé, l'un des premiers lévites convertis qui devint fondateur de l'Eglise d'Antioche où S. Luc apprit les éléments de la doctrine chrétienne; S. Philippe, diacre de Césarée, chez lequel S. Luc logea avec S. Paul en se rendant à Jérusalem, et auprès de qui il demeura les deux premières années de la captivité de l'Apôtre; S. Jacques le Mineur, évêque de Jérusalem ; S. Pierre et les autres Apôtres, avec lesquels S. Luc fut en rapport.
3° La sainte Vierge et les parents de S. Jean-Baptiste. C'est à cette dernière source qu'a dû être puisé en particulier le récit des faits qui ont précédé la naissance du Sauveur; récit dont la couleur toute hébraïque contraste avec le prologue de l’Évangile. Aussi S. Luc atteste-t-il qu'il a remonté jusqu'aux origines, et fait-il remarquer à deux reprises que la mère de Dieu conservait dans son cœur le souvenir de tout ce qu'elle voyait et entendait.
Le troisième évangile offre des marques très nombreuses d'authenticité. On sait que S. Luc était médecin, et qu'il avait fait par conséquent quelques études, qu'il était Gentil d'origine, qu'il fut disciple de S. Paul, qu'il se consacra comme son maître à la conversion des Gentils, enfin qu'après avoir écrit son évangile, il a composé les Actes des Apôtres. Or, ces qualités, ces habitudes d'esprit, ces dispositions, ces particularités, se reflètent d'une manière visible dans le troisième évangile.
1° On reconnaît la profession de l'auteur à la manière dont il parle des maladies et de leur guérison; et il est facile de …
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