LE
SAINT ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT LUC

(suite)

Il est destiné aux Gentils. — Tout ce qui eût pu les choquer ou donner lieu aux Juifs de se mettre au-dessus d'eux est passé sous silence. Au lieu d'opposer aux enfants de Dieu les nations ou les Gentils, comme S. Matthieu, il leur oppose les pécheurs, terme qui peut s'appliquer aux Juifs comme au reste des hommes.

Dans plusieurs endroits, il fait mention de l'empire, de ses magistrats, de ses officiers, et toujours avec une considération bien marquée. Il évite de leur attribuer le supplice du Sauveur.

Quand il est question du royaume de Dieu, il fait remarquer qu'il est spirituel.

Il recueille avec soin un grand nombre de traits négligés par S. Matthieu, qui étaient de nature, soit à humilier les Juifs, soit à toucher les païens et à leur donner confiance : le salut promis à Zachée et au bon larron; le pardon accordé au prodigue et à la pécheresse; la préférence donnée au publicain sur le pharisien et au Samaritain sur le prêtre et le lévite; les paraboles de la brebis égarée, de la drachme perdue, du figuier tardif; l'éloge fait par le Sauveur de plusieurs Gentils; sa prière pour ses bourreaux; la conversion d'un larron sur la croix, et celle du centenier à la mort du Fils de Dieu.

Aussi a-t-on dit de cet évangile en particulier qu'il est l'évangile de la miséricorde et que les paroles d'Isaïe, lues par le divin Maître dans la synagogue de Nazareth, pourraient lui servir d'épigraphe.

L'Homme-Dieu y parait comme le divin médecin. S. Matthieu l'avait présenté aux Hébreux comme Messie, et S. Marc aux Romains comme Fils de Dieu : S. Luc le présente aux Grecs, c'est-à-dire à tous les peuples civilisés, comme Sauveur du genre humain tout entier.

5° Quant au style…