LE
SAINT ÉVANGILE DE JÉSUS-CHRIST
SELON SAINT MATTHIEU

(suite)

Il a été témoin des faits qu'il rapporte. — C'est ce qu'il suppose évidemment, en retraçant en détail les actions du divin Maître, et surtout en reproduisant ses discours avec tant d'étendue, sans jamais indiquer aucune source, ni donner d'autre garantie que son témoignage.

A la vérité, ses récits sont moins circonstanciés que ceux de S. Marc, et il ne suit pas l'ordre des temps aussi fidèlement que S. Luc; mais cette particularité s'explique par le but spécialement dogmatique de sa composition.

Quant aux discours, qui tiennent la plus grande partie de son ouvrage, si l'auteur ne les avait pas recueillis de la bouche du Sauveur, il faudrait dire qu'il les a inventés ou qu'il les a rédigés d'après la tradition ; mais, dans ce cas, ces discours conviendraient-ils si bien au caractère du Fils de Dieu, à sa dignité, à ses lumières, à sa sainteté? Y trouverait-on ce naturel, cette élévation, cette placidité, ce charme? Il nous semble voir trop d'unité dans le fond et dans la forme, trop de pureté dans la doctrine, trop de noblesse et de simplicité dans le langage, pour n'y pas reconnaître une reproduction directe de l'enseignement du divin Maître. C'est un assez grand honneur pour l'évangéliste d'avoir reproduit sans altération cette morale et ce style.

Il écrivait pour ses compatriotes...